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À Tignes la commune prend les rênes de son domaine skiable : le pari de l'autonomie

  • Photo du rédacteur: Arcs 1800
    Arcs 1800
  • il y a 1 heure
  • 2 min de lecture

C’est une bascule historique qui s'opère ce lundi dans les Alpes. Après près de 40 ans de gestion privée, la commune de Tignes (Haute-Tarentaise) reprend le contrôle direct de son domaine skiable, l'un des plus vastes et rentables de France. Ce changement de modèle, porté par la création de la Société publique locale (SPL) « Altta », marque une étape décisive pour l'avenir économique de la station.  


Une transition en « ordre de marche »

Dès ce lundi, la SPL Altta (Alliance locale pour la transition des territoires d’altitude) prend officiellement le relais de la Compagnie des Alpes (CDA) et de sa filiale, la STGM. Ce transfert de compétence ne concerne pas seulement les 71 remontées mécaniques ; il intègre également le personnel, avec plus de 300 collaborateurs permanents — un chiffre qui grimpe à 550 en haute saison — désormais sous contrat avec la structure publique.  

Clément Colin, président du directoire de la SPL, se veut rassurant : « Nous sommes en ordre de marche ». Un défi de taille, tant par la technicité de l'exploitation que par les enjeux financiers : le domaine affiche un chiffre d'affaires de 81,5 millions d'euros pour la saison dernière, avec une rentabilité frôlant les 18 %.  


Un investissement massif pour les trente prochaines années

Pour financer ce projet ambitieux, Tignes a dû mobiliser des ressources financières XXL, rares pour une commune de moins de 2 000 habitants. Le contrat de délégation de service public prévoit un programme d'investissements de 610 millions d'euros sur trois décennies, dont 224 millions fléchés spécifiquement vers le renouvellement des remontées mécaniques.  

Le montage financier repose sur deux emprunts totalisant 250 millions d'euros, contractés auprès d'un pool bancaire et via des crédits obligataires. Parallèlement, la commune a dû verser 107 millions d'euros à la Compagnie des Alpes pour indemniser le rachat des « biens de retour » et « biens de reprise ». Pour le maire de Tignes, Serge Revial, cette reprise est une nécessité stratégique : « Le ski reste notre activité reine, celle qui va nous permettre de financer l'avenir que nous voulons construire pour nos habitants ».  


Le défi de la liaison avec Val d’Isère

Si la reprise est actée, la question de la liaison avec le domaine voisin de Val d’Isère reste un point de vigilance. Historiquement, chaque station conservait les bénéfices des forfaits vendus sur son propre territoire. Or, Tignes, forte de 35 000 lits touristiques, génère un flux de skieurs supérieur à celui de son voisin avalin (25 900 lits).  

Pour pallier ce déséquilibre, un accord financier provisoire prévoit que Tignes verse 3,5 millions d’euros à Val d’Isère pour la saison à venir. Toutefois, la situation politique complexe à Val d’Isère — où l’élection du maire Xavier Mattis a été annulée par le tribunal administratif le 26 mai dernier — pourrait compliquer la finalisation d’un accord pérenne jusqu’en 2032.  

Malgré ces turbulences, les deux stations semblent condamnées à s'entendre. Dans les coulisses, les discussions avancent, avec même l’idée de rebaptiser le domaine relié pour lui redonner une visibilité internationale, à l'instar de l'ancienne marque « Espace Killy ». Une volonté commune de préserver ce qui reste le produit phare du tourisme alpin.  

 
 
 

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