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Transition des stations : l'ambition indomptée des Arcs à travers les innovations

  • Photo du rédacteur: Arcs 1800
    Arcs 1800
  • 5 mai
  • 9 min de lecture


Nichée au coeur des Alpes, la station savoyarde des Arcs s’est forgée dès sa création une identité visionnaire en matière de développement durable. Dans les années 1960, sous l’impulsion de l’architecte Charlotte Perriand, la station a été conçue pour préserver la montagne : bâtiments intégrés dans la pente, usage de matériaux locaux (bois, pierre) et planification piétonne séparant voitures et skieurs afin de minimiser l’impact sur l’environnement.


Cet héritage fondateur inspire toujours Les Arcs, qui affiche aujourd’hui des engagements ambitieux alliant innovation et respect des ressources naturelles. En 2020, Les Arcs – Bourg saint Maurice a été la première station de Savoie à obtenir le label Flocon Vert, gage d’une politique durable globale et a confirmé récemment cette labellisation en conservant deux Flocons, un niveau distinguant les destinations vers l’exemplarité.


Parallèlement, à l’automne 2023, le Domaine de Montagne des Arcs/Peisey-Vallandry est devenu le premier en Europe à rejoindre la communauté BCorp™, prestigieuse certification internationale reconnaissant les entreprises engagées socialement et environnementalement. Comment cette station conjugue-t-elle attractivité touristique et responsabilité environnementale ? Éléments de réponse avec Cécile Utille-Grand, maire de Bourg Saint Maurice – Les Arcs et Laura Cumin, Directrice Marketing et Commerciale chez ADS Domaine de Montagne Les Arcs/Peisey-Vallandry.


Mobilité douce : le pari du train et du funiculaire

Les Arcs place la mobilité douce au coeur de leur stratégie environnementale capitalisant sur un atout rare en station de ski : une gare internationale directement connectée aux grandes villes européennes. « Nous avons la chance d’être reliés au réseau ferroviaire », souligne  Cécile Utille-Grand. « Depuis cinq ans, encourager notre clientèle à venir en train est un axe majeur, car c’est crucial d’un point de vue environnemental. » Les résultats sont au rendez-vous : un quart des visiteurs arrivent désormais par le rail, contre seulement 10% en moyenne pour les stations françaises. Chaque samedi d’hiver, ce sont jusqu’à 15 trains qui déposent des skieurs au pied du funiculaire. Nous avons dépassé l’an dernier les 25 % de visiteurs arrivant en train – très peu de destinations, en montagne comme en bord de mer, peuvent se targuer d’un tel chiffre », se félicite le maire de Bourg Saint Maurice – Les Arcs.


Pour faciliter ce report modal, la commune et les exploitants ont mis en place des solutions concrètes. Depuis 1989, un funiculaire 100% électrique relie la vallée (840 m d’altitude) à Arc 1600 en seulement 7 minutes, évitant des milliers de trajets routiers. L’hiver, celui-ci est gratuit pour les voyageurs munis d’un billet de train – plus de 900 000 personnes l’ont emprunté l’an passé.


La barre symbolique du million de trajets est désormais en ligne de mire. la commune a étendu les horaires : de 7h30 à 21h tous les jours, avec des nocturnes jusqu’à 23h les vendredis et samedis, de quoi accueillir les arrivées tardives en toute sérénité. Une fois en altitude, un réseau de navettes gratuites dessert les différents sites (Arc 1600, 1800, 1950, 2000), finalisant un parcours “door to door” sans voiture individuelle, financé par la collectivité à hauteur de 2,5 millions d’euros par an. L’ensemble constitue un écosystème de transport doux pensé pour qu’un skieur puisse venir des quatre coins de l’Europe jusqu’aux pistes sans utiliser de voiture.


«C’est la moindre des choses si on se veut ambitieux environnementalement, venir en train doit être simple, confortable et attractif pour que chacun s’y retrouve» insiste  Cécile Utille-Grand.


Labels exemplaires : B Corp et Flocon Vert, deux distinctions exigeantes

En 2023, Les Arcs a obtenu la certification internationale BCorp™ devenant “le premier domaine de montagne en Europe” à rejoindre ce mouvement d’entreprises à impact positif. Ce label, peu commun dans le monde du ski, évalue l’entreprise sur des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance très stricts. « Nous nous sommes beaucoup questionnés en interne sur le rôle que devait jouer notre entreprise sur son territoire… C’est ce qui nous a conduits à nous intéresser à B Corp, l’une des certifications les plus exigeantes en matière de responsabilité sociale et environnementale », explique Laura Cumin, porte-parole du Domaine de Montagne Les Arcs/Peisey- Vallandry. Après deux ans de préparation, cette filiale de la Compagnie des Alpes a passé avec succès le tamis du “Business Impact Assessment”, rejoignant ainsi la poignée de 300 entreprises françaises certifiées BCorp. Une fierté, mais aussi un engagement à long terme : le label doit être renouvelé tous les trois ans, poussant la station à progresser en continu. « Cette certification nous a fait bouger de l’intérieur… ça nous a permis de prendre une autre dimension en tant qu’entreprise », confie Laura Cumin, soulignant l’élan d’amélioration continue insufflé en interne.


Dans la foulée, le territoire de Bourg Saint Maurice – Les Arcs a également brillé au palmarès du Flocon Vert. Ce label, décerné par l’association Mountain Riders, distingue les destinations de montagne durables selon 20 critères rigoureux. Les Arcs avait décroché deux premiers flocons en 2020 (première station savoyarde labellisée) ; cinq ans plus tard, la destination a confirmé son score maintenant ainsi ses deux flocons. À terme, Les Arcs affiche donc une ambition claire de progresser vers l’obtention du troisième flocon. Surtout, la démarche vers ce label a été collective et participative : “L’obtention de la certification est le fruit d’une démarche impliquant les acteurs du territoire : professionnels du tourisme, domaine de montagne, mairie et office de tourisme”.


« J’ai trouvé ce processus vraiment fédérateur pour l’écosystème local » souligne Laura Cumin. Autour de la table, élus, techniciens et socio- professionnels ont construit une vision commune couvrant quatre piliers : gouvernance, économie locale, enjeux socio-culturels et environnement. Cette dynamique collective conforte Les Arcs dans son rôle de destination pionnière de la transition écologique en montagne renforçant son attractivité auprès des voyageurs soucieux de durabilité.


Montagne préservée : biodiversité, énergie verte et « juste enneigement »

Protéger un domaine skiable tout en le faisant fonctionner, l’équation n’est pas simple. Les Arcs s’y emploie via une panoplie d’initiatives concrètes pour réduire son empreinte environnementale. D’abord sur le terrain : la station s’est engagée dans le “zéro artificialisation nette” des sols afin de ne plus grignoter d’espaces vierges. »). Les équipes locales restaurent la montagne : chaque année, 5 à 10 hectares de terrains dégradés sont revégétalisés pour lutter contre l’érosion et favoriser la biodiversité. Quatre zones de quiétude ont été instaurées pour protéger la faune emblématique, comme le tétras-lyre, des dérangements liés au ski. De plus, plutôt que d’étendre les pistes ou bâtir de nouveaux lits touristiques à tout-va, la priorité est donnée à la rénovation de l’existant – un moratoire a même été instauré sur la construction de nouveaux hébergements en station, encourageant la remise sur le marché des lits vacants (« lits froids).


Côté climat, le domaine de montagne attaque son bilan carbone sur plusieurs fronts. L’un des plus spectaculaires concerne les engins de damage : Depuis 2022, Grâce à l’impulsion de la Compagnie des Alpes, toutes les dameuses des Arcs roulent au carburant HVO (huile végétale hydrotraitée) à la place du diesel. Ce biocarburant de synthèse réduit de 83 % les émissions de CO₂ liées à l’entretien des pistes sans nécessiter de modifications majeures des moteurs. Parallèlement, la station investit dans les énergies renouvelables pour alimenter ses besoins. Des panneaux solaires photovoltaïques ont fleuri sur les toits des remontées mécaniques (comme à la gare du télésiège de l’Arpette) et sur certains bâtiments publics en vallée. La commune a même transformé sa gare routière en véritable pôle d’échange multimodal coiffé d’une immense ombrière photovoltaïque de 1 300 m², une structure en bois et acier aussi esthétique qu’utile pour produire de l’électricité locale.


Mais le projet phare, fruit d’une innovation locale se cache dans les sous-sols du domaine de montagne : une turbine hydroélectrique à Arc 2000 installée sur le réseau d’enneigement. L’idée ingénieuse consiste à récupérer l’énergie de l’eau qui descend des retenues d’altitude au printemps. Plutôt que de la laisser s’écouler simplement, cette eau sous pression fait tourner une turbine ce qui permettra de produire dès le printemps 2026 environ 10,6 % de la consommation d’électricité annuelle du domaine de montagne. Les calories dégagées par la turbine serviront même à chauffer le garage des télésièges les plus proches. « Nous avons à coeur d’essayer de ne pas construire de nouvelles infrastructures mais de tirer parti de l’existant » explique Laura Cumin à propos de ce projet hydro, qui utilise des canalisations déjà en place. Bien sûr, tout cela se fait dans le respect des milieux aquatiques : le débit réservé est strictement maintenu pour préserver les cours d’eau et les espèces qui y vivent.


Enfin, difficile d’évoquer un domaine skiable durable sans parler de la neige elle-même. Enneiger, oui, mais juste ce qu’il faut : telle est la doctrine des Arcs. « Nous souhaitons produire ce qu’on appelle la juste neige, c’est-à-dire d’assurer un enneigement de qualité sans surproduire du début jusqu’à la fin de la saison », explique Laura Cumin.


Concrètement, la production de neige est pilotée finement grâce à la data : les nivoculteurs croisent les prévisions météo, la fréquentation attendue, la topographie et l’exposition de chaque piste pour déclencher les enneigeurs seulement au bon endroit, au bon moment et en juste quantité. Cette approche pointue et pionnière a fait des émules dans d’autres stations tant elle permet d’économiser l’eau, l’énergie… et de garantir un manteau neigeux adapté aux besoins sans excès superflu.


Glacier du Varet : fin d’une époque, naissance d’un symbole

À 3 226 mètres d’altitude, le glacier du Varet, situé sous l’Aiguille Rouge constitue jusqu’ici l’un des hauts lieux du ski aux Arcs. Pour le rendre accessible à des skieurs intermédiaires, une piste avait été aménagée au fil des ans avec des encorbellements et structures spécifiques posés sur un permafrost aujourd’hui instable. Face au retrait accéléré du glacier et aux risques croissants liés au réchauffement climatique, la station a pris une décision forte : renoncer à maintenir l’accessibilité grand public de cet espace. « Continuer à investir là-haut aurait relevé de l’acharnement thérapeutique », explique Laura Cumin. Dès 2027, les infrastructures ne seront pas renouvelées et le site ne sera plus accessible qu’aux bons skieurs par une piste noire non damée.


Cette décision prise en concertation avec les élus, les équipes techniques et les collaborateurs de l’entreprise traduit un basculement culturel profond. Il ne s’agit plus de prolonger coûte que coûte une activité dans un environnement fragilisé, mais de reconnaître que certaines zones doivent revenir à leur état naturel.


Une dimension humaine : sensibilisation et engagement social

Au-delà des prouesses techniques, la transition écologique des Arcs s’appuie sur un capital précieux : l’humain. Convaincre, éduquer, fédérer est indispensable pour ancrer durablement les changements. Cela passe d’abord par la sensibilisation du public. Les Arcs a aménagé sur le domaine plusieurs espaces pédagogiques ludiques pour éveiller les consciences. À Arc 1600, Les Géants de Malgovert permettent de découvrir la forêt locale et ses arbres remarquables. À l’arrivée de la télécabine Vallandry, un Muséum des Animaux de Montagne présente la faune alpine (bouquetin, aigle, lynx…) en partenariat avec le Parc national de la Vanoise. En vallée, les vacanciers qui empruntent le train et le funiculaire peuvent parcourir une exposition dédiée aux actions durables du territoire installée à la gare de départ. « Nous avons un rôle à jouer pour sensibiliser nos milliers de visiteurs aux enjeux environnementaux », souligne Laura Cumin.


En interne, les 600 salariés saisonniers du domaine de montagne ont été formés à la Fresque du Climat, un atelier ludique et scientifique visant à comprendre le dérèglement climatique. Organisées juste avant l’ouverture de la saison d’hiver, ces sessions ont été une première dans le milieu des remontées mécaniques. « Nous étions fiers de pouvoir le faire et d’avoir ces temps d’échange avec nos collaborateurs », témoigne Laura Cumin qui


note un vrai changement de culture en interne. Par ailleurs, un collectif de salariés volontaires baptisé “La Ruche” oeuvre depuis 4 ans à imaginer des solutions vertes au quotidien : plantations d’arbres (900 jeunes arbres replantés en 2023), restauration de zones humides, journées de ramassage des déchets… Ces employés ambassadeurs avec carte blanche de la direction, insufflent un esprit d’initiative et impliquent leurs collègues sur le terrain. L’entreprise a également mis en place des “rendez-vous de la transition” ouverts aux employés et habitants, avec projections de films et débats sur l’avenir des montagnes face au climat. L’objectif est clair : faire de chacun, du dameur au moniteur, du touriste au local, un acteur de la transition.


Enfin, le domaine veut être un employeur exemplaire pour ses salariés. Elle s’est dotée d’une politique de recrutement local et d’achats responsables : « 90 % de nos achats sont réalisés en région Auvergne–Rhône-Alpes », souligne Laura Cumin, grâce à un approvisionnement privilégiant les fournisseurs proches et à faible impact transport. De même, près de 2 500 emplois indirects dépendent de l’activité des Arcs dans la vallée, un poids économique que la station cherche à répartir équitablement en travaillant main dans la main avec les prestataires locaux. En 2023, la mairie et ses partenaires ont également créé une SEM (société d’économie mixte) dédiée au développement de nouveaux logements pour les travailleurs saisonniers afin de soulager la tension sur l’hébergement du personnel. C’est un enjeu crucial en station : loger décemment ceux qui font vivre la destination et pérenniser ainsi l’emploi saisonnier.


Les Arcs apparait comme un laboratoire vivant du tourisme de montagne durable. Des fondations posées par Charlotte Perriand aux innovations d’aujourd’hui, la station n’a cessé de repousser les limites pour concilier attractivité touristique et respect de l’environnement. Le renouvellement du Flocon Vert « conforte Les Arcs comme destination engagée et pionnière », tout en légitimant “son ambition d’être une référence pour un tourisme de montagne respectueux, innovant et tourné vers l’avenir”. La route est encore longue vers la neutralité carbone et l’adaptation au changement climatique, mais Les Arcs montre la voie (verte) avec détermination.

 
 
 

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