La montagne, une économie de ruissellement ? Réponse d'Anne Marty (DSF)

Investissements, diversification touristique, accessibilité et coûts de l’énergie : la présidente de Domaines Skiables de France défend un modèle économique fondé sur l’interdépendance des activités de montagne. Elle affirme que les exploitants ont consacré en moyenne 34 % de leur chiffre d’affaires à l’investissement au cours des trois dernières années.
La montagne ne se résume pas aux remontées mécaniques et aux pistes de ski. C’est le message défendu par Anne Marty, présidente de Domaines Skiables de France et directrice générale d’AltiService, qui exploite notamment les domaines de Saint-Lary et de Font-Romeu-Pyrénées 2000.
Dans un entretien accordé à Hospitality ON, elle défend une vision globale de l’économie montagnarde, dans laquelle les domaines skiables constituent le point de départ d’une chaîne d’activités qui englobe hébergement, restauration, location de matériel, enseignement du ski et commerces. Elle revient également sur les investissements des exploitants, les enjeux d’accessibilité et les incertitudes qui pèsent sur la prochaine saison hivernale.
La neige, moteur d’une économie collective
Les Pyrénées figurent parmi les massifs qui ont le plus progressé au cours du dernier hiver, selon les chiffres de fréquentation cités dans l’entretien. Anne Marty invite toutefois à interpréter ces résultats avec prudence. L’enneigement exceptionnel a largement contribué à cette dynamique, même si les efforts engagés depuis plusieurs années pour sécuriser le manteau neigeux participent, selon elle, à renforcer la confiance des vacanciers.
Pour la dirigeante, l’attractivité d’une station ne repose cependant pas uniquement sur les conditions de ski. La convivialité, les retrouvailles familiales, les restaurants et les hébergements participent tout autant à l’expérience recherchée par les visiteurs.
C’est ce qu’elle résume par la notion d’« économie de ruissellement ». La fréquentation des pistes alimente une succession d’activités économiques : les hébergeurs accueillent les vacanciers, les loueurs fournissent le matériel, les moniteurs encadrent les débutants et les restaurateurs profitent de la présence des touristes.
Cette interdépendance impose, selon elle, une coordination étroite entre les professionnels. La qualité de l’accueil et la fidélisation des clientèles dépendent de la capacité de cet ensemble à fonctionner de manière cohérente.
Une offre allant des petites stations aux grands domaines internationaux
Face aux tensions sur le pouvoir d’achat, Anne Marty met en avant la diversité du modèle français. Les petites stations de proximité permettent de découvrir le ski à des tarifs accessibles, tandis que les grands domaines alpins disposent d’une offre capable de séduire une clientèle internationale.
Elle souligne également le rôle de certaines stations reprises par des associations de bénévoles après avoir rencontré des difficultés économiques. Dans ces structures, l’ouverture peut être adaptée à la météo et aux conditions d’exploitation. Malgré des équipements limités et des forfaits peu coûteux, elles continuent d’attirer des familles et des skieurs débutants.
Cette diversité constitue, à ses yeux, un avantage concurrentiel. Elle permet de répondre à des attentes différentes sans limiter l’offre française aux seules grandes destinations haut de gamme.
Des investissements à hauteur de 34 % du chiffre d’affaires
Autre argument avancé par la présidente de Domaines Skiables de France : l’effort d’investissement des exploitants. Selon les chiffres qu’elle cite, les opérateurs auraient consacré en moyenne 34 % de leur chiffre d’affaires aux investissements sur les trois dernières années, contre 22 % pour la moyenne du marché.
Ces dépenses visent notamment à moderniser les remontées mécaniques et à rationaliser leur fonctionnement. Le remplacement de plusieurs appareils par un équipement plus performant peut réduire le nombre d’installations à entretenir et à contrôler. Il peut également permettre de restituer certains espaces artificialisés à la nature.
La modernisation répond aussi à des objectifs d’accessibilité. Le remplacement de télésièges par des télécabines facilite l’accès aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap et aux visiteurs souhaitant profiter de la montagne en été. Ces équipements élargissent ainsi les usages possibles au-delà de la seule pratique du ski.
Anne Marty présente cette stratégie comme un moyen de concilier modernisation, maîtrise des coûts et pérennité économique. Elle ne détaille toutefois pas, dans cet entretien, la répartition des investissements entre les différents types d’équipements ni leur impact environnemental global.
L’énergie, une préoccupation plus immédiate que le climat
Interrogée sur les perspectives météorologiques et le phénomène El Niño, Anne Marty reconnaît ne pas être en mesure d’en tirer de conclusions précises. Elle préfère attirer l’attention sur les risques économiques immédiats, en particulier le coût de l’électricité et des carburants.
Elle estime que les exploitants restent confrontés à des dépenses énergétiques nettement supérieures à celles d’il y a cinq ans, malgré un recul récent des prix. Ces charges constituent un enjeu majeur pour des activités fortement dépendantes des équipements, de la préparation des pistes et, lorsque les conditions le permettent, de la production de neige de culture.
La dirigeante se veut néanmoins rassurante sur la demande touristique. Selon les données dont elle dispose, les périodes d’incertitude ne se traduisent pas nécessairement par une baisse des réservations. Elle considère que les séjours en montagne répondent aussi à un besoin de détente et de rupture avec le quotidien.
Cette confiance ne supprime pas les incertitudes liées à l’enneigement, aux coûts d’exploitation et à la capacité des ménages à financer leurs vacances. Elle souligne plutôt la volonté de la filière de préserver son attractivité malgré un environnement économique et géopolitique instable.
L’emploi au cœur du modèle montagnard
Pour la saison à venir, la priorité reste de réunir les conditions nécessaires à l’ouverture des domaines : des températures suffisamment basses pour préparer le manteau neigeux, puis des chutes de neige permettant d’assurer l’exploitation.
Anne Marty rappelle que l’activité hivernale représente un enjeu d’emploi important pour les territoires. Elle évoque 120 000 emplois directement associés à la saison dans les territoires de montagne et plus de 350 000 en intégrant l’écosystème élargi, notamment l’hébergement, la restauration et l’encadrement des activités.
Sa conclusion résume la philosophie qu’elle défend : la réussite d’une station ne se mesure pas seulement au nombre de journées-skieurs ou au chiffre d’affaires des remontées mécaniques. Elle se mesure aussi à la capacité du territoire à faire vivre l’ensemble de ses activités et à donner envie aux visiteurs de revenir.
Reste une question centrale pour les années à venir : jusqu’où ce modèle pourra-t-il se transformer pour rester économiquement viable, accessible aux vacanciers et compatible avec les évolutions climatiques ? L’entretien d’Anne Marty défend la capacité d’adaptation de la filière, mais ne tranche pas à lui seul les arbitrages qui attendent les territoires de montagne.






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