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Forfait de ski : derrière les 37 euros, toute l’économie d’une station de montagne

Photo du rédacteur: Arcs 1800
Arcs 1800
21 oct.
5 min de lecture

Souvent considéré comme le principal poste de dépense d’une journée au ski, le forfait de remontées mécaniques ne représenterait pourtant que 16 % du budget total d’un skieur. Derrière son prix se cachent des coûts d’exploitation considérables, mais aussi un écosystème économique qui fait vivre les stations alpines et leurs vallées.


37 euros pour une journée de ski. À première vue, la somme peut sembler élevée, surtout pour une famille qui doit multiplier les forfaits sur plusieurs jours de vacances. Pourtant, ce montant ne correspond pas au bénéfice de l’exploitant des remontées mécaniques. Il finance une infrastructure complexe, mobilisant des salariés, des équipements coûteux, de l’énergie et des investissements réguliers pour garantir la sécurité et le fonctionnement du domaine skiable.


Selon les chiffres avancés dans les données sectorielles à l’origine de cette estimation, sur un forfait moyen de 37 euros, seulement 2,80 euros reviendraient à l’exploitant. Autrement dit, moins de 8 % du prix payé par le skieur constitueraient le résultat conservé par l’entreprise, selon le périmètre retenu par cette estimation. Une distinction essentielle : le chiffre d’affaires encaissé n’est pas le bénéfice final.


Des remontées mécaniques coûteuses à exploiter


Derrière chaque montée en télésiège ou en télécabine, il y a une organisation qui fonctionne bien avant l’arrivée des premiers skieurs et qui se poursuit après la fermeture des pistes.


Les équipes assurent l’exploitation quotidienne des appareils, les contrôles de sécurité, la maintenance préventive et les réparations. À ces dépenses s’ajoutent les salaires, les consommations électriques, les assurances, les impôts et taxes ainsi que les redevances versées aux collectivités, selon les contrats et les situations locales.


Le renouvellement des installations constitue un autre poste majeur. Un télésiège débrayable, une télécabine ou un téléphérique représente un investissement de plusieurs millions d’euros, auquel peuvent s’ajouter les travaux de génie civil, les équipements électriques et les aménagements nécessaires à son intégration dans le domaine skiable.


Ces investissements doivent être financés sur la durée, alors que les recettes dépendent fortement de la fréquentation, des conditions d'enneigement et de la durée de la saison. Une installation ne peut pas être considérée comme rentable sur la seule base de son prix de vente : son exploitation et son renouvellement pèsent également sur son équilibre économique.


Il faut néanmoins distinguer les dépenses de fonctionnement, les impôts et taxes, les remboursements d'emprunts et les investissements. Tous ne sont pas prélevés directement sur chaque forfait et leur répartition varie d'un exploitant à l'autre.


Le forfait ne représente qu’une partie du budget d’une journée au ski


L'autre enseignement de ces chiffres concerne le budget du vacancier. Si le forfait moyen coûte 37 euros et représente 16 % des dépenses d'une journée, le budget total correspondant atteint environ 231 euros par personne.


Ce montant constitue une estimation indicative, qui dépend notamment de la méthode de calcul et des dépenses incluses. Il illustre cependant une réalité économique : le ski ne se résume pas aux remontées mécaniques.


L'hébergement, la restauration, la location de matériel, les transports, les commerces et les activités complémentaires représentent une part importante des dépenses. Pour les stations, ces achats irriguent de nombreuses entreprises, bien au-delà du seul exploitant du domaine skiable.


Le forfait joue ainsi un rôle de porte d'entrée vers une économie touristique beaucoup plus vaste. Une journée sur les pistes peut générer des recettes pour les hôtels, les résidences de tourisme, les loueurs, les restaurants, les moniteurs, les commerces et les prestataires de loisirs.


Six euros dépensés ailleurs pour chaque euro de forfait ?


Le secteur avance également qu'à chaque euro consacré au forfait correspondraient six euros de dépenses supplémentaires dans la station. Ce ratio souligne l'effet d'entraînement potentiel du ski sur l'économie locale.


Il doit toutefois être interprété avec précision : il s'agit d'une estimation de dépenses associées, et non nécessairement de six euros de valeur ajoutée, de bénéfice ou de recettes fiscales. Le résultat dépend notamment de la définition du périmètre géographique, de la prise en compte des dépenses des visiteurs et de la méthode utilisée pour mesurer les retombées.


L'enjeu reste considérable pour les territoires de montagne. Dans de nombreuses stations, l'activité hivernale soutient directement ou indirectement les emplois de l'hôtellerie-restauration, du commerce, des transports, des remontées mécaniques et des services. Elle contribue aussi à maintenir une activité économique dans des vallées où les possibilités d'emploi peuvent être plus limitées en dehors des périodes touristiques.


Le chiffre de plus de 120 000 emplois en station, également avancé par la filière, donne une idée de l'ampleur de cet écosystème national. Il doit néanmoins être accompagné d'une définition précise : emplois directs ou indirects, salariés permanents ou saisonniers, et périmètre exact des stations concernées. Sans ces éléments, il ne permet pas de mesurer à lui seul le nombre d'emplois qui dépendraient exclusivement du ski.


Un équilibre économique sous pression


Cette économie doit aujourd'hui composer avec plusieurs défis. Le coût de l'énergie, les dépenses de personnel, les exigences de sécurité et les investissements de modernisation exercent une pression sur les comptes des exploitants. À cela s'ajoutent les incertitudes liées à l'enneigement, particulièrement pour les domaines situés à plus basse altitude.


Pour les stations, l'équation est délicate : financer les équipements, maintenir un service fiable et préserver l'attractivité touristique sans rendre le séjour inaccessible à une partie de la clientèle.


La diversification estivale, la rénovation des installations et l'amélioration de l'efficacité énergétique font partie des pistes explorées par les acteurs de la montagne. Mais ces évolutions demandent du temps et des capitaux, tandis que les recettes hivernales demeurent déterminantes pour de nombreux territoires.


Le prix du forfait cristallise donc une tension entre deux réalités. Pour le vacancier, il s'agit d'une dépense immédiatement visible, parfois difficile à absorber pour toute une famille. Pour l'exploitant, il constitue une recette indispensable au fonctionnement d'un équipement collectif coûteux et à la continuité du service.


Derrière les 37 euros affichés, c'est ainsi une grande partie de l'économie montagnarde qui se met en mouvement. Comprendre cette répartition ne dispense pas de s'interroger sur le niveau des tarifs, leur accessibilité ou la rentabilité des domaines skiables. Mais cela permet de replacer le forfait dans son contexte : celui d'un service technique et touristique dont les effets économiques dépassent largement les seules remontées mécaniques.


Des chiffres avancés par Domaines Skiables de France


Ces données s’inscrivent dans l’analyse économique défendue par Domaines Skiables de France (DSF), l’organisation professionnelle qui représente les exploitants de domaines skiables. Dans son dossier de presse pour l’hiver 2025-2026, DSF souligne le rôle structurant des remontées mécaniques pour l’activité touristique des stations et des vallées.


Selon l’organisation, l’activité des stations de montagne contribue chaque hiver au maintien de plus de 120 000 emplois, auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers d’emplois indirects chez les fournisseurs de la filière. Le syndicat professionnel met également en avant les investissements nécessaires à l’entretien, à la modernisation et à l’aménagement des domaines skiables. Sur la période 2016-2025, ceux-ci ont représenté 3,96 milliards d’euros, selon DSF.


Le ratio selon lequel un euro dépensé dans un forfait générerait six euros de dépenses supplémentaires dans la station est également relayé par la filière. Il convient toutefois de le présenter comme une estimation des retombées économiques : la Cour des comptes a souligné, dans son rapport de février 2024 sur les stations de montagne face au changement climatique, que la méthodologie de calcul de ce ratio était insuffisamment documentée.


Sources : Domaines Skiables de France, dossier de presse hiver 2025-2026 ; Cour des comptes, Les stations de montagne face au changement climatique, février 2024.

 
 
 

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