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Vanoise : le parc va-t-il perdre son autonomie et ses relations locales ?

  • Photo du rédacteur: Arcs 1800
    Arcs 1800
  • 16 mars
  • 3 min de lecture

"On a l'impression de ne plus faire comme il faut" : l'inquiétude grandit dans les parcs nationaux, menacés de centralisation


Un rapport sénatorial préconise le rassemblement des parcs nationaux sous l’égide de l’Office français de la biodiversité.

Les parcs nationaux représentent le plus haut degré de protection de la biodiversité en France, mais leur avenir semble menacé par une possible fusion avec l'Office français de la biodiversité (OFB).


Ces espaces où le degré de protection de l'environnement est le plus élevé en France pourraient être placés sous la tutelle de l'Office français de la biodiversité. Scientifiques et personnels craignent la perte d'un ancrage local difficilement acquis et l'abandon de certaines missions.


Des espaces emblématiques d'une nature protégée. Gypaète barbu, bouquetin, lagopède : les parcs nationaux sont des sanctuaires qui permettent aux promeneurs d'accéder à des milieux préservés où s'épanouissent des espèces sauvages, rares et fragiles.


Mais un rapport d'enquête du Sénat sur les agences de l'État préconise d'unifier leur gestion sous l’égide de l’Office français de la biodiversité. Les 11 parcs nationaux du pays pourraient ainsi fusionner, perdant leur pouvoir de décision local acquis en 2006, patiemment construit auprès des habitants et des pratiquants pour faire accepter une réglementation contraignante.


"Le plus grave, c'est qu'après des décennies à prôner la décentralisation, le rapprochement du local, le transfert de compétences au plus près de la réalité du terrain, on a un phénomène inverse de remontée et de recentralisation qui, à mon avis, est totalement à rebours de l'histoire", constate Lionel Laslaz, enseignant-chercheur en géographie et président du conseil scientifique du parc national de la Vanoise, en Savoie.


Alertes autour de l'ancrage local

"L'objectif premier d'un parc national, rappelle-t-il, c'est de protéger la biodiversité, mais en tenant compte de la présence humaine, des activités présentes et du fait que des gens vivent dans ces territoires." Il y a 10 ans, en Vanoise, 27 communes sur 29 refusaient de signer la charte du parc. Rozenn Hars faisait partie des élus qui dénonçaient le manque de concertation et d'adaptation aux réalités du territoire. Devenue aujourd'hui présidente du conseil d'administration du parc, elle s'emploie à restaurer une relation de confiance avec les communes, les stations, mais aussi les agriculteurs.


Un lien menacé par une possible recentralisation. "Ce qu'on craint fortement - et on l'a malheureusement vécu en Vanoise mais là, on risque d'être tous dans cette situation -, c'est un désengagement des collectivités locales qui sont dépossédées de décisions alors qu'elles sont sur leur territoire. Les territoires de cœur sont des territoires communaux et des territoires privés", insiste Rozenn Hars, craignant également un "désengagement des socio-professionnels parce que la décision venant d'en haut, ils y seront moins impliqués".


Les Alpes du Nord comptent deux parcs nationaux : celui de la Vanoise, comptant plus de 2 000 espèces sur une surface de 2 000 km², et celui des Écrins avec plus de 4 000 espèces recensées dans un périmètre de 2 720 km². En supprimant les établissements publics portant ces structures, l'État cherche à réaliser des économies.


"Beaucoup de personnels sont dans le rouge"

L'effectif total des parcs aurait déjà baissé de 20 % en 10 ans et le personnel se questionne sur l'avenir de ses missions. Suivi des espèces, police de l'environnement, entretien des sentiers, sensibilisation du public, accompagnement à la transition écologique... Seront-elles toutes assurées à l'avenir ?


"Il y a des espèces qu'on ne suit plus, il y a des interventions auprès de certains niveaux scolaires qu'on faisait avant, qu'on ne va plus faire, on définit des priorités. On a déjà connu au moins deux réorganisations pour essayer de fonctionner mieux avec moins de moyens, mais cela a ses limites", prévient Franck Parchoux, garde-moniteur du parc national de la Vanoise et représentant du Syndicat national de l'environnement.


On a des chefs de service qui arrivent à dire que ça pourrait être bien si on arrivait à dégrader la qualité de notre travail pour pouvoir faire plus de choses.

Franck Parchoux, garde-moniteur du parc national de la Vanoise

"Beaucoup de personnels sont un peu dans le rouge et on a l'impression de ne plus faire comme il faut. Il y a des missions qu'on affiche toujours, qu'on dit qu'on fait, mais derrière, on les fait mal, regrette-t-il. D'un point de vue satisfaction personnelle et exercice de son métier, ce n'est quand même pas génial. On a des chefs de service qui arrivent à dire que ça pourrait être bien si on arrivait à dégrader la qualité de notre travail pour pouvoir faire plus de choses."


Les 11 parcs nationaux, c'est-à-dire les espaces où la protection de l'environnement est la plus forte en France, ne concernent que 4 % du territoire, bien en dessous des engagements internationaux. L'avenir de la biodiversité se noie plus que jamais dans les brumes des contraintes budgétaires.

 
 
 

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