Ski : La révolution silencieuse est en marche sur les pistes alpines
- Arcs 1800
- il y a 17 heures
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C’est la fin d’une époque pour les « montagnards » habitués au vrombissement des moteurs diesel dans le calme de la nuit. Le constructeur italien Prinoth et le géant français de l'outdoor, la Compagnie des Alpes (CDA), viennent de lever le voile sur la Leitwolf LTE-Motion. Cette dameuse 100 % électrique promet de raser les pistes sans émettre le moindre gramme de CO2.
Un défi de taille : dompter la pente en mode électrique
Jusqu’ici, l’électrique en haute montagne relevait du défi d’ingénieur. Entre le froid polaire qui vide les batteries et l'énergie colossale nécessaire pour hisser plusieurs tonnes sur des pentes à 40 %, le diesel semblait indétrônable.
Pourtant, avec ses 500 kWh sous le capot, la nouvelle championne de Prinoth affiche des performances de haut vol. « Elle délivre une puissance équivalente au thermique », assure Denis Ribot, directeur France du constructeur. Grâce à une architecture innovante plaçant les batteries au plus bas pour stabiliser l’engin et un système de gestion thermique breveté, la machine peut travailler entre 4 et 5 heures d’affilée, même par grand froid.
Objectif « Zéro Net Carbone » pour la Compagnie des Alpes
Pour la Compagnie des Alpes (La Plagne, Les Arcs, Val d’Isère…), cet investissement est le fer de lance de sa stratégie environnementale. Le groupe ambitionne la neutralité carbone dès 2030.
Le calcul est simple : en passant à l’électron, la CDA réduit ses émissions directes de 93 %. Au-delà du climat, c'est aussi un gain de confort pour les riverains et la faune locale : plus de particules fines, plus d'odeurs d'échappement, et surtout, un silence quasi total lors du passage de l'engin.
Une équation économique à deux inconnues
Si le coût d’usage annuel promet d'être divisé par deux et la maintenance allégée de 20 %, la facture à l'achat pique encore les yeux. Une dameuse électrique coûte aujourd’hui quatre fois plus cher qu’un modèle classique.
« Notre objectif est de ramener cet écart à un facteur deux grâce à la production de série », tempère Denis Ribot. Pour sécuriser ce pari industriel, la CDA s’est engagée à convertir l'intégralité de sa flotte — soit une centaine de machines — d'ici 2036.
La Savoie au cœur du projet
Bonne nouvelle pour l'emploi local : cette transition ne se fera pas qu'en Italie. L’assemblage final des unités sera réalisé sur le site de Montmélian, en Savoie. Un ancrage territorial fort qui garantit des circuits courts, avec des batteries sourcées en Europe.
Les trois premiers spécimens seront déployés dès l'automne prochain à Serre Chevalier, Val d'Isère et La Plagne. Si les tests sont concluants, le "vroom" des dameuses pourrait bien n'être plus qu'un lointain souvenir pour les skieurs de demain.
Forfait de ski : l’addition va-t-elle se corser pour le skieur ?
C’est la question qui brûle les lèvres (et les portefeuilles) : qui va payer la facture de cette transition énergétique ? Si la dameuse électrique est une bénédiction pour les poumons, elle représente un défi financier de taille pour les stations.
Le choc du prix d'achat
Pour comprendre l'enjeu, il faut regarder les chiffres de près. Une dameuse thermique haut de gamme coûte environ 450 000 €. Sa version électrique, la Leitwolf LTE-Motion, flirte avec les 1,2 à 1,5 million d'euros.
L'impact immédiat : Pour une station gérant une flotte de 10 engins, le surcoût d'investissement dépasse les 10 millions d'euros.
La répercussion : Dans un modèle économique où le prix du forfait est déjà sous pression (inflation, coût de l'énergie, neige de culture), un tel investissement ne peut pas rester invisible.
Le pari du « Coût Total de Possession » (TCO)
Cependant, les exploitants font un pari sur le long terme. Si l'achat pique, l'usage, lui, soulage.
Énergie : Passer du GNR (Gazole Non Routier) à l'électricité permet de diviser la facture énergétique par deux, voire trois selon les tarifs négociés.
Maintenance : Moins de fluides hydrauliques, pas de filtres à huile, moins de pièces en mouvement... la maintenance est estimée 20 % moins chère.
Vers un « Forfait Vert » ?
On pourrait voir apparaître deux scénarios dans les années à venir :
L'intégration invisible : Le surcoût est lissé sur 10 ans et noyé dans l'augmentation annuelle classique des forfaits (souvent corrélée à l'inflation).
Le bonus écologique : Certaines stations pourraient être tentées de créer un argument marketing autour de leur « damage zéro émission », justifiant un positionnement premium.
L'avis de l'expert : En réalité, le damage représente environ 7 % à 10 % du prix de votre forfait. Même si le coût du damage doublait, l'impact sur votre ticket journalier ne dépasserait théoriquement pas 1 ou 2 euros.
Le vrai risque pour le prix du forfait reste moins la dameuse électrique que le coût global de l'énergie pour faire tourner les remontées mécaniques et les enneigeurs. Mais une chose est sûre : le ski « propre » aura un prix, et c'est sans doute le prix de la pérennité de l'activité en montagne.






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