Tarentaise : comment échapper aux bouchons en hiver
- Arcs 1800
- 16 mars
- 5 min de lecture

A la confluence des plus grandes stations de ski savoyardes, la vallée de la Tarentaise cristallise les enjeux autour des mobilités. Malgré le développement de lignes ferroviaires, de navettes et la connexion en funiculaire entre Bourg-Saint-Maurice et Les Arcs, le trafic routier reste saturé les week-ends de vacances d'hiver.
Tous les habitants le savent, mieux vaut éviter de prendre la route les samedis de chassé-croisé. La vallée de la Tarentaise, en Savoie, est la porte d'entrée vers les plus grandes stations de ski du département : Tignes, Val d'Isère, La Rosière… Pour s'y rendre, pas d'autoroute, seulement la RN90, souvent saturée au cœur de l'hiver.
"La route, c'est l'enfer. Je refuse de rouler le samedi. Même s'il y a des livraisons à faire, je refuse. C'est insupportable", peste Annick, boulangère à Bourg-Saint-Maurice. "Je m'organise vis-à-vis de la gare. Pour le reste, on ne s'organise plus et on fait comme on peut. On fait comme ça vient. Ça devient très compliqué pour la gestion des stocks", regrette-t-elle, prônant le développement du transport par câble pour désengorger la circulation.
Plus haut dans la rue commerçante, Nathalie acquiesce. "Je ferme la boutique à 19 heures et un samedi, je suis arrivée à 21 heures à la maison. (…) J'ai laissé ma voiture à 1 km de chez moi et j'ai fini à pied dans la neige", souffle la vendeuse qui habite à Aigueblanche, à une trentaine de kilomètres de Bourg-Saint-Maurice.
"C'était un bazar sans nom et ça devient de plus en plus régulier. En plus, il y a beaucoup d'incivilités, les gens s'énervent. Le jour où il y aura un drame, peut-être qu'on organisera les choses différemment", imagine-t-elle, pointant aussi un "surtourisme". Si la situation peut être difficile, certains veulent y voir une opportunité.
C'est un afflux d'affaires pour les commerçants et les gens qui travaillent ici, donc il ne faut pas cracher dessus non plus.
Romain, commerçant à Bourg-Saint-Maurice
"Le flot de touristes, on peut le voir d'un mauvais œil quand les routes sont bloquées, mais on est quand même bien contents qu'il y ait des touristes dans la vallée. C'est un afflux d'affaires pour les commerçants et les gens qui travaillent ici, donc il ne faut pas cracher dessus non plus", plaide Romain qui tient une boutique sur la Grande rue.
La RN90 accueille près d'un million de véhicules sur l'ensemble des week-ends d'hiver, un volume quasi-stable d'année en année. Mais certains habitants demandent du changement. Une pétition a été lancée pour dénoncer un effet collatéral : la saturation du réseau secondaire lorsque des embouteillages se forment sur la route nationale.
"Les petites rues de nos charmants villages ne sont pas conçues pour supporter un afflux massif de véhicules détournés de la RN90", peut-on lire dans le texte de la pétition, signée par plus de 700 personnes. Celle-ci demande la fermeture des axes secondaires quand le feu de régulation est activé. Un dispositif qui permet d'étaler le trafic et d'éviter la formation d'embouteillages dans des secteurs à risque.
Train de nuit, navettes et funiculaire
Pourtant, de nombreuses solutions ont vu le jour pour développer les transports dans la vallée de la Tarentaise. En témoigne le tout nouveau pôle d'échanges multimodal de Bourg-Saint-Maurice. Les abords de la gare ont été entièrement réaménagés afin de fluidifier les correspondances entre train, bus, taxi, ou encore navette. Le tout à deux pas du centre-ville, pour un montant de 6,9 millions d'euros - cofinancé par la commune, la communauté de communes, la Région, l’État et le Département.
Plus de 500 000 voyageurs transitent chaque année par la gare, connectée notamment à Lille, Londres, Bruxelles, ou Amsterdam. Une ligne de train de nuit a même rouvert, près de dix ans après sa disparition, entre Paris et Bourg-Saint-Maurice. Lancée par le tour-opérateur Travelski, filiale de la Compagnie des Alpes, celle-ci fonctionne au rythme d'un aller-retour par semaine pendant toute la saison d’hiver, soit 14 rotations au total.
"L’idée de ce train est de contribuer à la décarbonation des Alpes françaises, car aujourd’hui encore, de nombreux voyageurs utilisent leur véhicule personnel", nous expliquait Nicolas Delord, le directeur général de Travelski. Une initiative qui va dans le sens des recommandations d'un rapport d'information parlementaire sur la transition des modèles des stations de montagne.
"Le train de nuit constitue un moyen de transport particulièrement efficace pour desservir les zones de montagne enclavées, tout en étant bénéfique pour l’environnement et le pouvoir d’achat des touristes (…). En outre, la fréquentation record de 2024 montre l’appétence des Français pour ce type de transport", écrivent les auteurs du rapport, les députés Xavier Roseren (Horizons) et Denis Fégné (PS).
Les parlementaires suggèrent de dresser un état des lieux des lignes ou tronçons désaffectés afin d'établir un plan de réouverture des lignes desservant les zones de montagne. Mais aussi de développer les ascenseurs valléens, permettant de connecter les stations aux axes de transports.
"Un modèle extrêmement vertueux"
"Dans une logique touristique, il est essentiel que ces équipements soient connectés à des pôles d’échanges multimodaux, incluant a minima une gare ferroviaire", indiquent encore les députés. Et là aussi, Bourg-Saint-Maurice marque des points. Grâce au funiculaire accessible à pied depuis la gare, il est possible de rejoindre la station de ski des Arcs en 7 minutes. Mis en service en 1989, il transporte quelque 600 000 passagers par an.
"Nos clients plébiscitent le funiculaire : en cinq ans, nous avons augmenté de plus de 6 points le nombre de personnes qui viennent en train et funiculaire aux Arcs par rapport à la voiture. On est passé de 19 % de visiteurs l'hiver qui venaient en train, à 25 % en seulement quelques années", avance le directeur de l'office de tourisme de Bourg-Saint-Maurice/Les Arcs, Eric Chevalier.
Le funiculaire relie Bourg-Saint-Maurice à la station des Arcs, en Savoie.
Les enquêtes de satisfaction menées par la station montrent que les clients venant en train sont globalement plus satisfaits de leur séjour que ceux utilisant la voiture. Outre les vacanciers, le funiculaire profite aussi aux locaux et saisonniers qui travaillent dans la station. "Ça supprime plusieurs centaines de voitures par jour qui n'encombrent pas les parkings ni le réseau routier et surtout, qui ne polluent pas", ajoute M. Chevalier, louant "un modèle qui est extrêmement vertueux à tout niveau".
Un modèle vertueux, mais pas facilement accessible à tous. "Le train, c'est très bien pour les Parisiens", sourit Nathanaël, touriste auvergnat habitué des stations de la Tarentaise. "Le TGV de Paris marche bien mais ailleurs en France, la connexion est un peu longuette pour arriver jusqu'ici", pointe le père de famille qui préfère venir en voiture, en roulant la nuit pour éviter les bouchons.
Comment mieux aménager les transports dans la vallée de la Tarentaise ? La question brûle les lèvres de nombreux habitants à l'approche des élections municipales.






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