Maurienne : le Lyon-Turin perturbe le marché immobilier
- Arcs 1800
- 16 mars
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Alors que le chantier du Lyon-Turin s'approche de son pic d'activité, la vallée de la Maurienne se retrouve face au défi du logement. Des politiques publiques ont été menées à destination du parc locatif, mais le marché demeure très tendu.
Dans les entrailles de la montagne, les galeries fourmillent jour et nuit. Le chantier du Lyon-Turin emploie quelque 3 000 personnes rien que dans la vallée de la Maurienne, en Savoie, et le double en tout. Des ouvriers ou des ingénieurs de 20 nationalités différentes venus pour participer au "chantier du siècle".
"Le tunnel de base sera, à son ouverture, le plus long tunnel ferroviaire du monde. Cela représente au total 165 km de galeries", souligne Emmanuel Humbert, directeur adjoint chargé de la construction pour l'entreprise Telt (Tunnel euralpin Lyon-Turin), maître d'ouvrage du chantier.
"Le chantier est démesuré par son ampleur. Les dimensions sont pharaoniques, mais c'est ce dont on a besoin pour construire un ouvrage de cette ampleur qui s'inscrit à l'échelle de l'Europe, pas seulement à l'échelle de la France", ajoute-t-il, louant une infrastructure "utile pour les générations futures", notamment pour le transport de marchandises.
En 2033, les deux tubes transfrontaliers de 57,5 km chacun doivent accueillir des trains de marchandises et de transport de voyageurs entre la France et l'Italie. A ce jour, 10 km sont creusés et Viviana, tunnelier de 2 000 tonnes, est encore en sommeil. Dès le mois de mars, l'appareil de 180 mètres de long devrait creuser une dizaine de mètres de roche chaque jour.
Le tunnel du Lyon-Turin, creusé sous les Alpes, doit accueillir des trains d'ici à 2033.
Des aides pour booster le parc locatif
Deux autres doivent entrer en service d'ici la fin de l'année à Modane. Au plus fort du chantier, sept tunneliers creuseront les galeries du Lyon-Turin sous les Alpes. Un projet soutenu par les autorités et les acteurs économiques au nom du développement du fret ferroviaire, mais contesté par les militants écologistes qui pointent du doigt son coût "pharaonique" et son impact environnemental, notamment sur la ressource en eau.
Localement, plus d'une vingtaine de projets ont vu le jour via le comité des financeurs de la "Démarche grand chantier Lyon-Turin". Des subventions versées par l'État, la région, les collectivités locales et Telt pour une multitude d'aménagements : création d'une maison de santé, rénovation énergétique de bâtiments publics, infrastructures sportives…
Viviana est l'un des sept tunneliers qui vont entrer en action pour creuser le tunnel transfrontalier.
Des aides publiques ont également été mises en place pour rénover son logement, jusqu'à 70 % du montant total des travaux d'aménagement, à condition de le louer par la suite à un salarié du Lyon-Turin. Une manne qui a permis d'augmenter le parc locatif, notamment à Saint-Jean-de-Maurienne, commune de 7 500 habitants au cœur de la vallée.
"Les études montraient qu'on avait à peu près 400 logements vacants, en lien aussi avec notre histoire industrielle. Quand est arrivé le Lyon-Turin, l'idée était de s'en servir comme d'une opportunité. (…) Quelques décennies après, on a un parc qui commence à être saturé, qui s'est amélioré d'un point de vue qualitatif", note le maire sortant (divers) de Saint-Jean-de-Maurienne, Philippe Rollet, seul candidat déclaré aux prochaines élections municipales.
Malgré ce boom du parc locatif, le marché demeure extrêmement tendu. Des habitants de la vallée confient avoir fait des recherches pendant près d'un an avant de trouver un bien. "Il y a énormément de demandes d'ouvriers pour se loger dans notre secteur. Le parc immobilier est saturé, on a de moins en moins de disponibilité", confirme Eddy Bignardi, agent immobilier, responsable de la location à l'agence Ardesia immobilier de Saint-Jean-de-Maurienne.
De nombreux programmes de rénovation de logements ont été lancés, dans le parc privé comme dans le parc public, à Saint-Jean-de-Maurienne.
Un marché sous tension
"Dès qu'il y a un appartement, les gens se mettent une alerte sur les différents sites de diffusion et on a tout de suite une dizaine de dossiers à étudier. Ça part sous 15 jours maximum", ajoute-t-il. Des difficultés qui touchent aussi bien les habitants du secteur que les ouvriers du chantier. Pour y remédier, un projet immobilier avait été envisagé à Saint-Etienne-de-Cuines, à une dizaine de kilomètres de Saint-Jean-de-Maurienne.
Quelque 200 logements modulaires sous forme de bungalows devaient voir le jour sur un parking privé pour y héberger des salariés du Lyon-Turin. Ce projet de constructions temporaires s'est attiré les foudres aussi bien des habitants de la commune que d'associations locales. Si bien qu'il a été abandonné par son promoteur.
"Les ouvriers auraient été en quelque sorte enfermés : le lieu était fermé, gardé, avec des interdictions de consommation d'alcool par exemple. Il était prévu que des navettes acheminent les travailleurs entre le chantier et les logements, ce qui pose la question de leur liberté de mouvement", relève Carine Gros, opposante au Lyon-Turin, membre de l'association Vivre et agir en Maurienne. "Est-ce qu'on peut les parquer, les enfermer, sous prétexte qu'ils doivent travailler sur le chantier ? Humainement, ça nous paraît inacceptable", ajoute-t-elle.
Au-delà des tensions actuelles sur le marché locatif, l'avenir du secteur du logement est l'un des enjeux centraux en Maurienne. Une vallée qui compte faire valoir ses atouts touristiques, entre grands cols de montagne, stations de sports d'hiver et proximité avec l'Italie. Le maire sortant envisage à long-terme "une orientation vers des lits touristiques" et à destination des entreprises qui recrutent et recherchent des logements pour leurs salariés.






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