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Chaussures de ski : de la douleur au confort, l'espoir persiste



Le plaisir d’être au grand air et sur des pistes enneigées est parfois gâché par des pieds douloureux. Réputées inconfortables, les chaussures de ski ont toutefois des arguments à avancer pour être davantage appréciées.


Ça commence à démanger. On peut déjà skier dans certaines stations des Grisons, notamment. Plus près de nous, Saas-Fee et Zermatt ouvrent la trace. Les plus motivés peuvent rechausser. Les autres patienteront encore quelques semaines, en attendant l’ouverture des pistes de moyenne altitude et les premiers flocons.


Quoi qu’il en soit, tous devront passer par un rituel qui a longtemps fait râler plus d’un skieur – et qui continue pour certains: d’abord enfiler ces satanées chaussures, puis y passer la journée entière avant le sacro-saint après-ski. Si ces inconfortables souvenirs sont encore d’actualité, il faudrait sérieusement songer à corriger le tir, changer de chaussures et, ainsi, retrouver le plaisir de la glisse.


Trouver un «cercueil» confortable

«Il est préférable de se faire conseiller car le pied est tout de même enfermé dans un cercueil», entame Pierrick Dentan. S’il prêche un peu pour sa paroisse, celui qui a créé son propre magasin de sport de montagne à Lausanne ne manque pas d’arguments pour étayer ses dires. «De nombreux paramètres entrent en ligne de compte dans le choix de la chaussure. Nous sommes aujourd’hui en mesure de nous adapter au plus près de la forme du pied du client. Mais il faut tout de même être conscient que cela ne constitue pas une garantie du plus grand confort», prévient-il.


Chaque pied est unique, alors qu’une chaussure de ski possède une forme standard. C’est donc dans l’adaptation du pied à la chaussure que se situe le principal défi. Heureusement, des progrès notoires ont été effectués. «Depuis quatre ou cinq ans, surtout au niveau des coques, précise Philippe Roux, ancien descendeur et propriétaire de magasin à Verbier. On peut désormais entrer dans des chaussures de ski en restant debout et s’y sentir comme dans des pantoufles.» Si chacun aura sa propre interprétation du confort, on ne devrait plus souffrir le martyre pour enfiler cet objet dont la rigidité constitue la caractéristique principale. Pierrick Dentan n’est toutefois pas pleinement convaincu. «La texture de certains chaussons est plus «glissante» que d’autres, mais ce n’est pas le domaine où l’évolution est la plus significative.»


«C’est de la semelle que naissent la majorité des inconforts.»


Pierrick Dentan, propriétaire d’un magasin de sport

Alors, comment faire pour trouver chaussure à son pied? «La forme du pied détermine le choix de la coque et de son ouverture. Les dames ont également plus souvent des «mollets forts» dont il faut tenir compte pour déterminer s’il faut opter pour un collier plus bas et plus évasif», explique Pierrick Dentan.


Les cinq choses à savoir pour être à l’aise dans sa chaussure de ski


Philippe Roux ajoute une précision: «Si on est bien dans une marque, on ne change pas», relève-t-il en pensant aux plus heureux des skieurs. Pour les autres, «un premier choix doit être effectué concernant la dureté de la coque. Elle est dépendante du poids, mais aussi du niveau de l’individu. Par ailleurs, il faut veiller à avoir une bonne inclinaison pour ne pas skier sur les talons, comme c’est encore trop souvent le cas.»


Les coques ne se déforment pas, mais il est possible d’intervenir, en les chauffant, pour les adapter à deux endroits qui posent souvent problème: la malléole et la base de doigts de pied, précisent les deux spécialistes.


L’importance de la semelle

Une fois «l’enveloppe» choisie, il faut équiper l’habitacle. «C’est de la semelle que naissent la majorité des soucis, explique Pierrick Dentan. Il est donc recommandé d’opter pour du sur-mesure. Le fond d’une chaussure de ski est plat et ne fait donc pas corps avec le pied. Cette «incompatibilité» entraîne la crispation des orteils, de l’inconfort, et parfois des crampes.» La semelle joue donc un rôle crucial pour le bien-être de la voûte plantaire, une plus grande stabilité et une décontraction retrouvée.


Dans le prolongement, le chausson peut également être modelé à l’envi. «La mousse du chausson qui se tasse avec le temps n’a plus vraiment lieu d’être, détaille Pierrick Dentan. Aujourd’hui, ils sont moulés ou thermoformés pour s’adapter au mieux à la morphologie du pied.» Et ainsi épouser la forme des chevilles, malléoles et tibias.


Une coque choisie avec justesse, des semelles et des chaussons moulés à votre pied ne rimeront toutefois pas toujours avec confort absolu. «Il faut se méfier des essais en magasin, dans un environnement chauffé et agréable, concède Philippe Roux. Quand on se retrouve en altitude avec un thermomètre qui affiche une bonne dizaine de degrés en dessous de zéro, la dureté de la chaussure augmente tout de même. C’est pourquoi il faut parfois apporter des corrections.»


Révolution avortée

La révolution n’a pas encore opéré dans le domaine. Mais certains s’y sont essayés. Née en 2011, la marque Dahu propose une chaussure différente. Son créneau consiste à équiper une botte de neige d’un exosquelette. «Le principe était révolutionnaire, concède un spécialiste du bootfitting (l’ajustement des chaussures au pied du skieur). Mais il fallait avoir le pied adéquat pour s’y sentir à l’aise; ni trop large, ni avec un coup de pied trop fort.»


L’imparfait semble de mise. Les professionnels ont proposé de tels produits, sans trop de succès. «Outre le fait que ce n’est pas très esthétique, c’est la dernière solution pour quelqu’un qui connaît de gros problèmes avec des chaussures traditionnelles», éclaire Philippe Roux. «Il n’y avait absolument aucune marge de manœuvre pour travailler l’exosquelette, tant sa mémoire de forme était immense», reprend le spécialiste de bootfitting.


La société est tombée en faillite en 2019. Si elle existe encore aujourd’hui sous la coupe d’autres investisseurs, elle s’est dirigée vers d’autres marchés, l’américain notamment.


Malgré les progrès technologiques et les travaux désormais possibles sur les matières, trouver chaussure de ski à son pied demeure complexe. Et peut prendre du temps. «Il ne faut pas penser que l’on s’est trompé si l’on a mal les deux premiers jours», termine Pierrick Dentan.

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