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Changement climatique : Faut-il avoir honte de skier ?



Avec le réchauffement climatique et la crise du Covid-19, certains amateurs autrichiens de sports d'hiver se posent la question : "Faut-il avoir honte de faire du ski ?".


En Autriche, une idée monte : celle d’avoir honte de faire du ski, le skischam, comme la honte venue de Suède de prendre l’avion, flygskam. Le skischam, c’est la honte de pratiquer ce sport d’hiver malgré le réchauffement climatique, de descendre les pistes tout schuss sur une neige artificielle apportée par des canons, de skier sur une bande blanche, alors que le reste de la montagne est vert-brun. Ce sont d'ailleurs des images qu'on voit aux JO de Pékin en ce moment.


En France aussi certaines stations sont équipées de canons à neige, environ 35%, mais en Autriche c'est plus de 70%. D'ailleurs le pays fait campagne pour attirer les touristes : ici la neige est "assurée", s'enorgueillissent certains domaines. Certains Autrichiens commencent à regarder le bilan écologique de leur séjour au ski. Car pour fabriquer de la neige il faut de l'eau et de l'électricité. La neige de culture est plus dense et plus durable affecte les sols, elle peut même les priver d'oxygène.


Le traumatisme Ischgl

Le réchauffement climatique n'est pas la seule raison de ce skischam. En Autriche les stations de haute montagne souffrent d'une mauvaise réputation depuis le Covid, enfin surtout une : Ischgl. Cette station a été l'un des premiers foyers de contamination du Covid en mars 2020. C'était au tout début de la pandémie, elle arrivait à peine en Europe. 6 000 touristes originaires de 45 pays disent avoir attrapé le virus dans la station d'Ischgl à cette période. 32 vacanciers sont morts.


Une cinquantaine de plaintes ont été déposées en Autriche. Les victimes affirment que les responsables connaissaient l'existence d'un virus. Visiblement l'Islande avait alerté sur le retour de voyageurs malades dans le pays. L'enquête pénale a été classée sans suite mais les plaintes en civil poursuivent leur parcours judiciaire et cela fait grand bruit dans le pays.


Une question taboue

Parle-t-on ouvertement de skischam en Autriche ? Pas vraiment et cette honte est difficile à quantifier mais elle est dans l'air. Le quotidien autrichien Die Presse qui en parle cette semaine compare le skischam à des problèmes de santé dont on ne parle pas, quand on dit "je vais chez le docteur" parce qu'on ne veut pas dire qu'on a des "hémorroïdes" par exemple. Du coup, certains Autrichiens qui partent skier cette année le cachent parfois à leurs amis. Ils préfèrent un simple "nous sommes dans un chalet", ou "gros bisous de la montagne".

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