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  • Photo du rédacteurArcs 1800

Alpes : Les sommets pleurent leur blancheur perdue


De blancs, les sommets des Alpes sont devenus gris. Parce que les glaciers fondent à cause du réchauffement climatique. Dans son film " Les larmes des glaciers", Pierre-François Gaudry nous invite au chevet de glaciers sous haute surveillance. Un cours de science naturelle grandeur nature pour comprendre l'importance des glaciers pour l'équilibre de la planète.


La belle montagne chantée par Ferrat fait grise mine. Le blanc-manteau des poètes aussi. Pour s'en rendre compte, il suffit de lever les yeux sur le massif alpin où la pierraille remplace peu à peu la glace. C'est triste. Et ça l'est d'autant plus que les glaciers des Alpes sont la réserve d'eau douce de l'Europe. Ils ont aussi un effet refroidissant sur le climat car leur surface claire renvoie le rayonnement du soleil. Renvoyait plutôt. Avec l'augmentation des températures et les canicules successives, les rayons du soleil, qui peut-être en avaient marre d'être renvoyés par les glaciers, les font désormais fondre vite, très vite même : "d'environ 40 mètres par mois", constate Luc Moreau, glaciologue. Depuis une décennie il photographie et mesure les glaciers des Alpes. "Entre le 23 juillet et le 24 août 2023, le glacier a perdu 3,20 m " explique-t-il à Alban Michon, explorateur des terres glacées. Alban fait le même constat lors de ses explorations sur et sous la banquise.


Dans les Alpes les glaciers les plus menacés sont ceux de basse altitude de moins en moins enneigés. C'est le cas du glacier de Saint Sorlin (2700 mètres d'altitude) dans les Grandes Rousses près de Grenoble dont la mort est annoncée pour 2050. Plus haut, le glacier de la Grande Motte à Tignes qui culmine 3656 mètres d'altitude. Lui aussi fond, créant de nouveaux lacs de montagne : "En 40 ans, le glacier a perdu 40 mètres d'épaisseur soit l'équivalent d'environ 70% de son volume de glace, rappelle le géomorphologue, Ludovic Ravanel. Et quel que soit le scenario, les glaciologues estiment que d'ici à 2060 le glacier est condamné."


La mort lente des glaciers décryptée dans le film " Les larmes des glaciers" de Pierre-François Gaudry


Tous ces phénomènes sont observés par des équipes de scientifiques. Elles se relaient auprès des glaciers malades et, à défaut de les soigner, constatent et alertent sur la multiplication des risques naturels liés au réchauffement climatique. Une station météo a été installée sur le Dôme du Goûter à 4300 mètres d’altitude : "L'idée c'est d'observer la fonte estivale, explique Delphine Six, glaciologue. Jusqu’à présent à plus de 4 000 il était rare d'avoir des températures positives. On constate désormais que l'été la température est positive plusieurs jours de suite. Et, la glace qui là-haut est très froide se réchauffe en surface et en profondeur. Si elle atteint le point de fusion, elle peut se décrocher et débouler dans la vallée."


" La glace on l'entend fondre. C'est comme si elle pleurait..."


Alban Michon, explorateur

Pour ralentir la fonte des glaciers, il faudrait ralentir le réchauffement climatique, devenir plus sobre de manière importante, limiter notre empreinte sur la planète, adapter notre monde , préserver ce qui peut l'être. "On peut encore préserver 30 à 40% des glaciers si on s'y met tous, rappelle Luc Moreau. Rouler moins, manger moins de viande, prendre moins l'avion pour limiter les gaz à effet de serre qui favorisent l'augmentation des températures." Les glaciers sont la mémoire de notre planète. S'ils disparaissent nous perdrons les traces de notre passé ainsi qu'un inestimable patrimoine naturel et de leur survie dépend la nôtre : " La glace nous raconte notre histoire, dit Alban Michon. Elle est vivante, elle craque, elle chante, elle bouge. Quand on l'entend fondre c'est comme si elle pleurait"

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