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  • Arcs 1800

Un auroch de 8.000 ans exceptionnellement conservé retrouvé en Savoie



La redécouverte d'une cavité dans les Bauges, sur le plateau du Revard, a permis de retrouver un squelette d'aurochs vieux de plus de 8.000 ans, exceptionnellement conservé.


Le crâne de l'aurochs retrouvé dans la grotte des Artios, dans les Bauges sur le plateau du Revard


"Je n'ai jamais vu un crâne avec cet état de conservation, pour cet âge-là" admet l'archéozoologue Christophe Griggo, rattaché au laboratoire Edytem de l'Université Savoie Mont-Blanc, enseignant à Grenoble. Le squelette date d'environ 8.000 ans, 8.200 ans au plus. Des ossements d'aurochs ont été retrouvés déjà dans les Bauges. Mais dans cette cavité du plateau du Revard, à 1.300 mètres d'altitude, ceux-là ont été incroyablement bien conservés.


L'animal est tombé voilà plus de 8.000 ans dans un aven - une cavité en abîme - comme un piège naturel. A côté de ses ossements ont été retrouvés ceux de plusieurs cerfs, également d'un grand tétras. Ces derniers existent toujours : l'aurochs est une espèce éteinte. Ancêtre des bovins, elle a disparu d'Europe au cours du Moyen-Âge.


Comment était le plateau du Revard il y a 8 000 ans ? La réponse de l'archéozoologue Christophe Griggo


L'aurochs retrouvé est une femelle, qui pesait près de 800 kg et mesurait près d'1m80 au garrot. Elle attendait un veau, ce qui laisse à penser à Christophe Griggo que l'animal est mort en hiver, et que l'entrée de la cavité pouvait être recouverte par la neige. D'où sa chute accidentelle.


Une conservation permise par la grotte

La grotte a permis la conservation des ossements, par son environnement, garantissant une température et une humidité stables. La plupart d'entre eux étaient même à l'abri des courants d'air. Même les cornets naseaux au niveau des sinus, dans la cavité nasale du crâne, sont encore visibles, alors qu'ils sont extrêmement fins et fragiles.


Les cornets naseaux - très fins et fragiles - sont restés, preuve de l'excellente conservation des ossements retrouvés


Le scientifique nettoie désormais un à un chaque os. Tous les ossements vont être marqués, inventoriés, localisés, pour ensuite permettre la phase d'étude. Quelques années de patience encore - ce qui n'est pas grand chose finalement - avant une entrée dans un musée.


Les ossements de l'aurochs retrouvé sont nettoyés et séchés, avant d'être inventoriés


"Le gouffre des Artios"

La cavité, connue depuis 1984, a déjà été explorée par des membres du Spéléo Club de Savoie, qui en relevait la topographie. D'autres y sont retournés, en 1995. Plus personne depuis. Le crâne avait été repéré, puisque placé sur un bloc de pierre... mais identifié comme celui d'une vache. Ce n'est que l'an dernier, en juillet 2020, que Jacques Nant, accompagné de l'un de ses collègues et du fils de ce dernier, décide d'y retourner pour relever de nouveau des données topographiques.



Le spéléologue Jacques Nant raconte la redécouverte de la grotte


Jacques Nant s'aperçoit vite qu'il ne s'agit pas d'une vache. Le temps de demander les autorisations, les fouilles commenceront le 26 juin 2021.


Le gouffre des Artios, parce que "Artiodactyles", qui est la famille dont font partie les ongulés qu'on a trouvé dans cette cavité - Jacques Nant, du Spéléo Club de Savoie


La grotte désormais nommée gouffre des Artios est située en forêt, sur la commune de Saint-François-de-Sales. L'entrée fait sept mètres de long, un à deux mètres de large. Il y a d'abord un premier puit de douze mètres, avec à sa base un éboulis assez glissant. Les spéléologues retireront alors un bloc de pierre et tomberont sur un deuxième puit, de 8m50 de profondeur, qui débouche dans une galerie de six mètres de large et de haut, pour quinze mètres de long. La galerie dans laquelle ont été retrouvés les ossements.

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