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Stations : où sont passés les saisonniers ?


Après la crise sanitaire et dans un contexte économique incertain, la montagne doit faire face à une nouvelle bataille : celle du recrutement. Où sont partis les salariés, où sont les candidats potentiels ? Et surtout que s’est-il passé ? Des pistes de réponses, et avant tout, de réflexions dans ce dossier.

Dans les bureaux des recruteurs, les piles de CV ont fondu, des compétences ont disparu et les candidats manquent à l’appel. Si la question du recrutement n’est pas nouvelle pour le secteur de la montagne, elle a pris des proportions inédites depuis quelques années, constate Aymerick Bonnot, le gérant d’Ascenso. Son cabinet grenoblois de formation, de conseil en ressources humaines, et bien sûr, de recrutement, officie pour les métiers de la montagne, « du technicien de terrain au directeur général », depuis quatorze ans. « Certains métiers techniques sont en tension depuis des années, tel que celui d’électricien remontées mécaniques ou mécanicien, poursuit-il. La nouveauté est que cette tension a touché toutes les activités, tous les postes et tous les échelons ». Le phénomène est encore plus édifiant en chiffres : « Aujourd’hui, sur la centaine d’offres d’emploi en intérim, tous environnements confondus, si on arrive à en pourvoir trois ou quatre par semaine, c’est le bout du monde ! »


Plusieurs explications à cette tendance : tout d’abord la perte « d’engagement » voire de « passion », en particulier dans certains métiers « techniques » : « Nous rencontrions rarement des personnes qui quittaient une mission en cours, même si elles étaient déçues des conditions. Aujourd’hui c’est plus courant ». En conséquence, les stations, qui ont « subi » cette incertitude l’an dernier, « s’adaptent » cette année : « Nous sommes de plus sollicités pour des contrats de gestion, de sous-traitance des missions administratives des contrats avant et en cours de saison », note Aymerick Bonnot. En miroir de cette tendance, la désaffection des métiers à responsabilité : « Je n’avais jamais eu de vraies difficultés à trouver des responsables. Il fallait les accompagner, les former, mais on avait des potentiels. Aujourd’hui, nous n’avons pas autant de personnes intéressées. On trouve des solutions, mais ça tient à un ou deux candidats. »


« Nous sommes passés à côté de quelque chose »

Alors, qu’est ce qui a changé ? « Ce sont les attentes des personnes travaillant en montagne. Ce qui a peu bougé, ce sont les conditions : nous sommes passés à côté de quelque chose », résume le gérant d’Ascenso. Le Covid a rebattu les cartes, les salariés ont (re)découvert le temps, la vie de famille, et certains se sont posé des questions. « Pourquoi travailler à fond, alors que je pourrais gagner un peu moins, mais avoir plus de temps ». Ceux-là ont opté pour un rééquilibrage entre vie professionnelle et vie de famille. « Nous avons souvent un entonnoir à l’automne, où les heures de travail s’accumulent. Désormais, de moins en moins de salariés sont prêts à l’accepter, » illustre Aymerick Bonnot. Des virages professionnels, ont aussi été pris pour « donner du sens à un travail ». Enfin, d’autres candidats ont opté pour le CDI : « Après une année de Covid et une année blanche, certains ont pris conscience de l’insécurité dans la continuité de leur travail. » Ces nouvelles attentes sont visibles depuis deux ou trois ans seulement, mais présentes en lame de fond : « Le Covid a été un catalyseur de cette tendance que nous n’avons pas vue ou voulu voir venir. Nous avons cru que les personnes allaient s’adapter, et nous constatons que c’est l’inverse qui s’est produit. » D’autant plus que la Savoie est « en plein emploi », et que l’Isère l’est « quasiment » aussi.


La mauvaise réputation

« Ce n’est pas un désaveu du travail en montagne, mais de certaines conditions de travail, dans certains environnements, rectifie Aymerick Bonnot. Certains métiers, qu’on trouve beaucoup dans le milieu, attirent moins. Nous devons travailler sur leur image. » Pourtant, certains secteurs offrent des conditions reconnues comme confortables : « C’est le cas des remontées mécaniques, qui bénéficient d’une solide convention collective ».


De même, les conditions varient d’une station à l’autre, ou d’une entreprise à l’autre, pointe le gérant d’Ascenso. Alors que faire ? « Écouter les collaborateurs et faire bouger les lignes. Si nous ne faisons pas cela, nous risquons de passer à côté de compétences dont nous avons besoin dans le milieu de la montagne. » Dans cette perspective, Ascenso suggère le développement d’une marque employeur (voir ci-dessus) : « Les entreprises écoutent et adaptent leurs produits en fonction de la demande, elles sont capables de faire de même envers leurs collaborateurs. S’adapter, c’est dans l’ADN des montagnards. »


D’autres pistes sont détaillées dans ce dossier, au fil des témoignages recueillis. Quant à savoir si les travailleurs sont bien revenus à la montagne, rendez-vous le 15 décembre.

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