Savoie : le patrimoine industriel de Chambéry sublimé par la plus grande rotonde ferroviaire de France
- Arcs 1800
- 5 avr.
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La plus grande rotonde ferroviaire de France a été construite à Chambéry en seulement quatre ans, entre 1906 et 1910.
Elle est à Chambéry, ce que la tour Eiffel est à Paris. La plus grande rotonde ferroviaire de France, construite il y a plus de 100 ans, est la seule toujours en activité. Classée monument historique, avec son immense coupole lumineuse et son pont tournant relié à 36 voies, elle impressionne par ses dimensions et son architecture.
"Vous êtes ici dans la plus grande rotonde fermée de France, et la seule qui soit encore en activité". Après une décennie à faire entrer des groupes de touristes sous l'immense coupole de la Rotonde de Chambéry, Lucien Dejouet, le guide conférencier de "Chambéry, ville d'art et d'histoire", en connaît les mille et un secrets par cœur.
"Ses dimensions : une surface de 9500 mètres carrés, une toiture de 15 000 mètres carrés, et le diamètre de la coupole est de 110 mètres", récite volontiers le guide devant ces visiteurs du jour : rien que des locaux, un peu perdus dans un lieu qu'ils étaient loin d'imaginer aussi vaste.
"Rien de plus normal", explique Lucien. "Les visiteurs sont toujours surpris par l'immensité de l'espace une fois à l'intérieur de la rotonde".
Une tour Eiffel... sans Eiffel
"Moi, je l'ai vue pour la première fois quand je suis arrivé à Chambéry pour faire mes études", explique Louis Bruet-Hottelaz, l'un des membres du groupe. "Et à présent, je passe devant à chaque fois que je suis en voiture sur la voie rapide... Mais jusque-là, je n'avais jamais pensé à la visiter".
"C'est pourtant le seul patrimoine industriel historique de Chambéry qui reste visitable", explique Lucien à ses visiteurs. "Du coup, c'est toujours une émotion pour moi d'entrer dans ce lieu qui m'est très cher, comme il l'est d'ailleurs pour énormément de Chambériens."
Né à Chambéry et bien qu'habitant sur un contrefort du massif des Bauges qui lui offre une vue imprenable sur la rotonde, le guide a longtemps vécu dans l'ignorance complète de ce monument pourtant mythique.
"Souvent, on peut lire dans des dépliants ou des revues touristiques que c'est une construction de type Eiffel", précise-t-il. "En fait, ce sont des ingénieurs du début du XXe siècle qui ont repris certaines des techniques employées par Eiffel pour construire sa tour : son système de croisillons, de triangulation ou d'articulation qui vont permettre à la construction de suivre les oscillations de sa lourde charpente métallique".
Une "salle de bal" pour les trains de la "Belle Époque"
Une fois rétablie la vérité historique sur la paternité réelle de l'ouvrage, la visite guidée s'attache à expliquer le pourquoi de la construction d'une rotonde aux dimensions aussi impressionnantes, et dotée d'un pont tournant.
"Si au beau milieu de l'espace situé sous la coupole, on a construit ce pont, c'est parce qu'à l'époque des locomotives à charbon, on ne pouvait installer un poste de pilotage qu'à un seul bout du train", explique encore Lucien. "D'où l'obligation de les retourner lorsqu'ils repartaient pour un voyage retour".
Une locomotive historique de 1929 sur le pont tournant de la rotonde. Toujours en service, il permet encore de nos jours à la SNCF d'orienter ses trains en maintenant vers les différents ateliers de réparation.
Construite en seulement quatre ans, entre 1906 et 1910, ce sont encore les contraintes du charbon et l'obligation d'évacuer les fumées générées par sa combustion, qui expliquent certains choix des architectes. Celui, par exemple, d'élever jusqu'à 27 mètres de hauteur (et même 34 mètres pour le lanterneau) le toit de la rotonde.
"Regardez, voici un train qui va entrer sur le pont tournant". Les yeux des visiteurs du jour se tournent alors vers une scène qui se répète invariablement depuis plus d'un siècle. Comme leurs prédécesseurs de la "Belle Époque", les TER ou les Ouigo d'aujourd'hui entament le même ballet, une fois entrés sous la grande coupole lumineuse de la rotonde. "À partir de là, c'est comme au casino. Vous avez une chance sur 36 pour deviner la voie sur laquelle il va s'engager", plaisante le guide.
L'entrée d'une dizaine de locomotives par jour sur le pont tournant constitue toujours un moment privilégié lors de la visite : la rotonde de Chambéry est la seule de France encore en pleine activité.
C'est qu'une fois sur la grande plate-forme centrale, une valse tournante dirige lentement les locomotives vers l'une des 36 voies "rayonnantes" qui strient le parterre de la grande bâtisse. Non plus pour permettre à la locomotive de repartir dans l'autre sens, mais pour la diriger vers l'un des ateliers de maintenance qui jouxtent la grande rotonde.
Les trois vies de la rotonde
"C'est magique de voir ce ballet de trains", s'enthousiasme Candice, la plus jeune visiteuse du jour. "Quant à moi, je suis plutôt admiratif de ce système d'architecture avec des rivets et des boulons", explique Bertrand, un visiteur qui n'était pas revenu depuis plus de 30 ans sous la grande coupole. "C'est saisissant de voir ce côté massif de l'édifice et en même temps, il paraît léger et élégant : il y a là un contraste qui me fascine... C'est pourquoi je profite de la visite pour faire plein de photos !"
Un enthousiasme, une fascination que les générations actuelles auraient pu ne jamais éprouver car cette rotonde est une vraie miraculée : si, depuis 1984, son classement aux monuments historiques semble avoir définitivement assuré sa survie, la "tour Eiffel" chambérienne a bien failli mourir trois fois.
Le 26 mai 1944 tout d'abord, quand, préparant le débarquement de Normandie, les Américains bombardent le nœud ferroviaire que représentait, déjà à l'époque, Chambéry.
"C'est un vrai miracle si la rotonde ne s'est pas effondrée", explique Lucien. "Pas moins de trois bombes y sont entrées, soufflant toute la toiture, mais heureusement la structure est restée intacte".
Miraculée une première fois, elle le sera encore une quarantaine d'années plus tard. Au tournant des années 1970-1980, la SNCF, propriétaire des lieux, se pose la question de la démolir. Trop chère en entretien et surtout plus du tout indispensable après l'arrivée des locomotives électriques dotées de cabines à l'avant et à l'arrière, la SNCF veut mettre un point final à l'existence de la bâtisse. Et c'est justement ce qui va la sauver.
"C'est à ce moment-là que les associations de cheminots vont lancer une forte mobilisation, doublée d'une grande action de lobbying pour faire classer la rotonde aux monuments historiques. Ce qui sera fait en 1984".
Un classement qui n'est pas pour autant une assurance tous risques. Les Chambériens s'en rendront compte en 1996, lorsqu'un violent orage détruit une grande partie de la toiture de l'édifice historique. Mais là encore, tel un phénix, la rotonde renaîtra encore plus belle.
Car c'est à la suite de ce nouveau coup du sort qu'un contrôle technique du bâtiment met en évidence des dégradations importantes au niveau de la coupole et de la partie annulaire de la rotonde. Des travaux de restauration d'urgence s'imposent. La SNCF et l'État se partageront leur financement. En 2011, l'achèvement du grand chantier livrera la rotonde telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Fin de l'histoire ? Certainement pas. Sa reconnaissance en 2005 par le ministère de la culture en tant que monument "Patrimoine du XXe siècle" fait de la rotonde de Chambéry, bien davantage qu'un simple témoin de l'architecture d'une époque.
"La rotonde est, certes, un écrin exceptionnel pour toutes les locomotives que nous restaurons dans ses murs, résume Arnaud Guyon, l'administrateur de l'APMFS (association pour la préservation du matériel ferroviaire savoyard), locataire des lieux. Mais c'est aussi la mémoire d'un patrimoine immatériel. Il est constitué par toutes les manœuvres, toute la vie qui tournait autour de ces locomotives... Et ça, c'est unique en France".






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