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  • Arcs 1800

Résidences de tourisme: exploitants et propriétaires unis pour appeler à l’aide



Dans une lettre commune adressée à Jean Castex, les représentants des professionnels et des investisseurs appellent les autorités à mieux indemniser une activité sinistrée.


Cette fois-ci, la situation des résidences de tourisme commence à devenir critique. Jusqu’à présent, tensions et actions judiciaires se multipliaient entre propriétaires particuliers et exploitants (notamment à l’encontre de Pierre&Vacances), les premiers accusant les seconds de ne pas leur reverser des loyers, pourtant «garantis» par contrat. Une situation qui place certains de ces investisseurs en difficulté sachant qu’ils ont un crédit à rembourser. Mais pour tenter de sortir de l’impasse, les deux parties ont décidé d’en appeler ensemble au gouvernement.


Ce week-end, le Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT) qui représente 2200 résidences avec près de 40.000 appartements appartenant à des particuliers et 24.000 emplois à travers le pays s’est associé à l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) forte de 110 associations de propriétaires pour alerter Jean Castex. Alors que s’achève une saison blanche dans les stations de ski avec une perte de près de 80% des recettes, que les vacances de printemps passent à la trappe et que vient de paraître un décret fixant les modalités d’indemnisation du secteur, les deux associations estiment que le compte n’y est pas.


Un texte alambiqué

«On nous a promis un dispositif spécifique de couverture de 70% de nos charges fixes, ce qui nous permettrait de verser à nos propriétaires 70% des loyers, explique Patrick Labrune, président du SNRT. Or, ce décret d’indemnisation du 24 mars faisant suite à des semaines de négociations ne correspond pas du tout à son intitulé.» Le SNRT reproche à ce texte une structure très complexe où tout est fait pour réduire les indemnisations à la portion congrue. Ainsi, le système de calcul ne prend as en compte la saisonnalité souvent très forte de l’activité, et exclut les petits exploitants avec un plancher de 12 millions de chiffre d’affaires pour prétendre à une indemnisation, soit en moyenne une douzaine de résidences. Par ailleurs, la procédure ne prend en compte que les cas de figure avec une baisse minimum de 50% du chiffre d’affaires au lieu des 30% qui sont la norme au niveau européen. Et pour ne rien arranger, les manques à gagner sont lissés par enseigne et non pas étudiés par résidence. Ainsi les gains réalisés cet hiver dans les résidences de moyenne montagne, par exemple, viendront réduire les pertes réalisées en haute montagne, limitant les indemnisations globales.


«Dans notre activité, les loyers pèsent 40% du chiffre d’affaires et quand on y rajoute les salaires et les charges d’immeubles, on arrive à près de 70% de charges fixes», rappelle Patrick Labrune. Alors forcément avec un système d’indemnisation aussi complexe, bon nombre de résidences ne pourront pas prétendre à grand-chose. Selon ses calculs, une résidence de tourisme qui aurait perdu 80% de son chiffre d’affaires pourrait n’être indemnisée qu’à hauteur de 12% sur le premier semestre...


Dans le même bateau

«Le système proposé par ce décret est illisible pour les propriétaires, acquiesce Christophe Demerson, président de l’UNPI. Le SNRT prend un engagement de transparence sur les comptes, c’est important. Il faut maintenant ramener de la confiance et du dialogue entre propriétaires et exploitants.» Les deux alliés de circonstance ont bon espoir que les pouvoirs publics soient à l’écoute de leurs revendications. Ils rappellent au passage que c’est tout un écosystème et toute une politique du développement de la montagne pendant 25 ans avec le recours aux investisseurs particuliers qui pourrait être menacé. Sans oublier des enseigne d’exploitants très fragilisées. Ils comptent sur une table ronde pour réécrire ce décret du 24 mars qui les mécontente si fortement. Et qui sait, la loi de finances rectificative pourrait avaliser une autre de leurs revendications: l’instauration d’un crédit d’impôt complémentaire de 50% pour les bailleurs sur la partie de loyer éventuellement abandonnée. «Le fait que nous agissions ensemble, propriétaires et exploitants est assez rare pour être signalé, rappelle Christophe Demerson. Cela montre que nous sommes dans le même bateau et que nous avons besoin des mêmes mesures.»

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