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"Nous, on ouvre le 7 janvier" Alexandre Maulin, Domaines Skiables de France



Malgré tous les efforts pour garder le moral, toute la créativité dont font preuve les stations, il convient d'être réaliste : après plus d'un mois de fermeture forcée des remontées mécaniques, l'impact sur le monde de la montagne est déjà dramatique et se fera sentir pendant plusieurs années. Stations de ski, magasins de sport et loueurs, fabricants de matériel, commerçants, hébergeurs, guides et moniteurs, vendeurs de crêpes et de vin chaud : par un effet de domino implacable toutes les boites liées à cette économie de la montagne, dont nous sommes, sont fortement fragilisées.


Cet article n'a pas vocation à changer les choses, ni à apporter des solutions magiques, ni à interpeller des gens qui de toute façon ne nous liront pas. Nous souhaitons juste partager avec nos lecteurs et l'ensemble des acteurs du tourisme hivernal notre inquiétude et quelques pensées que j'espère de bon sens, alors que l'échéance du 7 janvier approche. Sans la moindre nouvelle sur ce qui nous attend.


Une clause de revoyure, pas une promesse

Cette date du 7 janvier, reprises par nombre de professionnels, media et institutions n'a jamais été gravée dans le marbre, comme tout ce qui concerne cette crise sanitaire (parlez en au monde de la Culture...). Mais elle avait au moins le mérite de fixer un cap, un objectif, tant pour les pratiquants que les acteurs économiques à l'arrêt forcé. Libre à chacun ensuite de l'interpréter.


Mais force est de constater que l'absence totale de point-étape, d'information claire, de calendrier, à 7 jours tout pile du 7 janvier, n'est pas pour rassurer et interroge sur la qualité de l'os qui nous avait été donné à ronger.


En coulisses, l'heure n'est clairement pas à l'optimisme.


"Nous, on ouvre le 7 janvier" Alexandre Maulin, Domaines Skiables de France

Par cette position de prime abord un peu bravache de son directeur, Domaines Skiables de France met le gouvernement devant ses responsabilités, l'appelant à réagir. Si vous ne dites pas non, c'est que c'est oui. Donc dites quelque chose!


Comment est-il concevable de ne pas avoir de position claire à 7 jours de l'échéance, quand on connait les efforts qui vont être nécessaires pour relancer la machine?


Quelle que soit la décision, il est urgent pour tous les acteurs de la montagne de savoir de quoi sera fait janvier. Alors que c'est littéralement demain.


La seule déclaration est celle, d'un flou tout artistique, du porte parole du gouvernement le mercredi 30 décembre. Dire ça ou rien...


"dans l'immédiat, il semble assez peu probable qu'on puisse alléger un grand nombre de contraintes" Gabriel Attal, porte parole du gouvernement


Un plaidoyer inutile pour la ré-ouverture

Inutile car nous n'avons pas (encore) de ligne directe avec l'Elysée ou Matignon. Mais bon, on partage quand même, ça soulage...


parce que Janvier

Le mois de janvier n'est pas le mois de tous les dangers épidémiologiques en station de ski : les vacances sont derrière nous, les étudiants censés étudier, et les groupes et touristes étrangers seront de toute façon absents pour la grande majorité. La fréquentation n'a rien à voir avec celle des vacances.


De surcroît, bars et restaurants resteront fermés (une pensée pour eux), limitant drastiquement les risques de contamination en intérieur. Pas plus qu'un TGV, qu'une visite dans un hypermarché ou qu'une messe dominicale en tout cas.


Bon enneigement = moins d'accidents graves

Au delà de nos interêts particuliers, c'est évidemment l'Argument avec un grand A, celui qu'on ne peut pas refuser d'entendre : pas de ski pour ne pas prendre le risque d'encombrer un système hospitalier potentiellement à saturation. Pas de problème, c'est normal de faire passer la santé publique en priorité, vous ne nous entendrez jamais dire le contraire.


Mais là encore, la donne change au sortir des vacances d'hiver, grâce en partie au bon boulot de Dame Nature. Le début d'hiver est exceptionnel, y compris à basse altitude, et l'enneigement naturel de la plupart des stations est optimal. Et ça change beaucoup.


Et oui, car quand la neige elle est trop molle, sans fourbes plaques de verglas dans des murs bosselés, on se fait moins mal en tombant. Et on va moins vite aussi. C'est aussi bête que ça.


Ajoutez à cela une fréquentation mécaniquement moindre du fait de l'absence de touristes étrangers et du mois de janvier, et vous diminuez également la densité sur les pistes, donc le risque de collisions, source des accidents les plus graves.


50 nuances de ski

Le scénario à craindre dans les prochaines heures / prochaines jours est celui d'une décision binaire : soit on ouvre tout, soit on ferme tout. C'est plus simple, ça fait gagner du temps, ça demande moins d'explications et de discussions. C'est le principe de la prime ou de la punition collective. Hop hop hop, circulez.


Alors c'est sûr on aimerait tous que la piste de la réouverture totale au 7 janvier l'emporte, mais soyons réalistes un instant : les derniers indicateurs et déclarations ne semblent pas aller des masses dans ce sens (mais on ne demande qu'à avoir tort). Du coup, si décision binaire il y a...


Mais dans le vrai monde enneigé qui est le notre, la réalité des stations de ski est pourtant tout sauf homogène. Même pas besoin de sa troisième étoile pour comprendre qu'on ne peut pas exactement mettre sur le même plan les téléskis de Lans en Vercors et les télécabines des 3 Vallées, les vacanciers anglais de février et les habitants de stations-villages ou étudiants, un jour de semaine et un de Week-end. Bref, le ski, même s'il est toujours tentant de caricaturer les choses, n'est pas UN. Ce qui n'arrange pas les adeptes des solutions universelles.


De fait, il existerait une multitude de possibilités d'ajustements permettant de répondre aux contraintes qui seront mises en avant par le gouvernement pour justifier une éventuelle prolongation de la fermeture (ça se voit qu'on n'est pas hyper optimistes?)


On pourrait citer, sans ordre de mérite :


  • une ouverture réservée aux domaines débutants si l'on a peur que les gens se fassent mal. On nous rétorquera qu'un débutant a plus de chances de se faire mal qu'un pratiquant confirmé. Peut-être, mais la gravité des blessures sera assurément moindre (d'autant plus avec le facteur neige évoqué précédemment).

  • une ouverture sans les pistes noires qui font peur et parfois mal. Qui sait, peut-être est-il là le problème du gouvernement avec le ski désigné ennemi public N°1 : un traumatisme d'enfance mal digéré dans le groupe 3ème étoile pour l'un, une humiliante faute de carre en front de neige pour l'autre...

  • une ouverture réservée à la clientèle de proximité si ce dont on a peur ce sont les déplacements de population. Ne hurlez pas trop fort si vous n'êtes pas concernés, mieux vaut ça que rien, et pour beaucoup de petites stations, les plus fragiles financièrement, cela ferait la différence.

  • bune ouverture réservée aux téléskis et télésièges si l'on ne veut pas que les gens soit serrés dans une cabine fermée. Même si bon, le métro plein aux heures de pointes et les TGV bondés à Noël (expérience vécue) n'ont pas semblé trop déranger la SNCF et les autorités. Question protocole, les stations ont une (grande) longueur d'avance.


Mais bon, l'heure ne semble pas être à la recherche de solutions fines, l'espoir est donc lui aussi bien mince.


Pour une reconnaissance du ski de proximité

Non, le ski n'est pas un loisir réservé à une élite, même si on ne va pas essayer de vous faire croire non plus que c'est le plus accessible des loisirs. Mais le ski ce sont aussi des forfaits journée à moins de 20 euros à proximité de bassins de population importants (Grenoble, Annecy, Gap...), des locaux qui soutiennent avec leur forfait saison l'économie d'un territoire, notamment en dehors des périodes d'affluence.


Le gouvernement l'a d'ailleurs reconnu en autorisant la pratique pour les jeunes des clubs, des effectifs quasi-exclusivement composés de locaux.


Autour de Grenoble, les champs de neige ont été toutes les vacances pris d'assaut par les familles en luges, raquettes ou simples promeneurs, avec une densité au moins équivalente à celle rencontrée sur les pistes d'alpin une saison classique. La mise en service des remontées mécaniques aurait comme effet de diluer ces populations sur un territoire plus vaste et varié.


Pour beaucoup de stations de proximité, souvent les plus petites et les plus fragiles, cette ouverture aux locaux pourrait faire toute la différence.


Une note positive

On ne peut que se réjouir devant l'enthousiasme et créativité des stations pour proposer (avec succès) de nouvelles offres aux vacanciers, devant l'engouement pour le ski de randonnée et les activités nordiques... Il ne fait aucun doute que cette crise sera un catalyseur de la nécessaire réflexion sur l'avenir des sports d'hiver. Et ça c'est super.


Mais cela ne se fera pas en quelques mois. Et pour que les stations puissent se "ré-inventer", il leur faudra du temps. Temps dont les plus fragiles risquent de manquer bien plus tôt qu'anticipé si on leur coupe les ailes remontées mécaniques plus longtemps.


Bref, on en saura plus en 2021

A moins que le sujet ne soit évoqué pendant les voeux ce soir, il faudra attendre 2021 pour savoir à quelle sauce sera mangé le ski. Ca va, on est larges après tout, ce n'est pas comme si le 7 janvier c'était demain.


En attendant, on vous souhaite un bon réveillon et on se donne rendez-vous l'année prochaine qui ne pourra que mieux se passer... Enfin, si l'on exclut l'invasion extra-terrestre du premier trimestre, puis le réveil destructeur des volcans d'Auvergne en juin 2021...


Ici, ce sera tartiflette.

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