Rechercher
  • Arcs 1800

Mont Blanc : un nouveau tourisme, éco-responsable et scientifique voit le jour


À Chamonix, l'essor d'un tourisme scientifique et écoresponsable aux abords du Mont-Blanc


Dans cette commune à flanc de montagne, un habitant sur trois vit du tourisme. Face à l'évolution rapide de l'écosystème alpin, les acteurs locaux réfléchissent à des initiatives plus éco-responsables.

Chamonix, 9h. Les premières lueurs du jour font scintiller la poudreuse sur les montagnes. En descendant le chemin en lacets de l'observatoire du Mont-Blanc, on aperçoit distinctement le plus haut sommet d'Europe. Au bout du sentier, que la neige a déserté à l'arrivée du printemps, une poignée de main énergique. «Je ne fais jamais la bise… Habitude américaine», plaisante Hillary Gerardi.


Hillary est arrivée en France il y a onze ans. D'abord installée à Grenoble, la chercheuse et athlète de haut niveau a été attirée par les grands espaces de Chamonix. Elle s'y est installée en 2017, pour rejoindre l'équipe du Centre de recherches sur les écosystèmes d'altitude (CREA Mont-Blanc).

Fondée il y a vingt-six ans, l'ONG a pour vocation d'étudier les conséquences du changement climatique dans les Alpes, mais également de sensibiliser la population locale et les touristes.

L'association prend ses quartiers dans le chalet de l'observatoire du Mont-Blanc, un bâtiment inscrit au patrimoine historique et construit par l'alpiniste Joseph Vallot. Dans les années 1880, l'explorateur a pensé ce refuge de bois orangé comme un camp de base pour les scientifiques du monde entier.


Un changement climatique deux fois plus rapide qu'ailleurs

Seul centre de recherche de la vallée de Chamonix, le lieu est aujourd'hui prisé des chercheurs pour observer le dérèglement climatique. «C'est super intéressant de regarder ça ici, parce que le changement climatique est deux fois plus rapide au Mont-Blanc qu'ailleurs», souligne la chercheuse.

Avec ses 4.810 mètres au sommet, le mont Blanc constitue le plus haut gradient d'altitude d'Europe. L'écart de températures entre la vallée et le pic est si grand qu'étudier tous les écosystèmes de la montagne revient à analyser une diversité d'environnements allant de la Méditerranée jusqu'au pôle Nord. «On a de la chance d'avoir un terrain d'étude aussi riche. Nous devons montrer l'exemple dans l'adaptation au changement climatique, mais aussi sur notre approche de la vallée de Chamonix», relate Hillary.

Pour changer le regard de la population sur l'espace Chamonix-Mont-Blanc, le CREA a lancé le projet transfrontalier TourScience en 2014, financé par le Fonds européen de développement régional (Feder) et par le programme Alpes latines coopération transfrontalière (Alcotra). Son objectif premier était de créer une offre de tourisme scientifique à destination du grand public.


L'«envie d'autre chose que de performance sportive»

«Le lien entre le CREA et le tourisme n'est pas forcément évident», concède Célia Bonnet-Ligeon, la cheffe de projet de TourScience. «Notre parti pris a été de nous dire que les touristes de Chamonix avaient peut-être envie d'autre chose que de performance sportive.»

Durant les premières années de TourScience, des séjours de découverte scientifique ont été proposés à des élèves de l'étranger. Après la pandémie de Covid-19 qui a empêché tout déplacement, le projet s'est recentré sur un public plus averti d'universitaires.

Le réchauffement climatique étant désormais connu de tous, TourScience vise davantage à sensibiliser sur la biodiversité. «C'est une thématique moins maîtrisée, alors on essaye de montrer en quoi l'humain est une espèce parmi d'autres dans l'écosystème», explique Célia.

Le CREA a ainsi mis au point des protocoles scientifiques basés sur l'observation. L'idée? Reconnecter tout un chacun à la nature. «Quand on demande aux étudiants de s'asseoir par terre et de noter tous les insectes qui passent pendant cinq minutes, ils sont d'abord déroutés», sourit la responsable du projet. «Cela leur permet de mesurer leur déconnexion avec cette planète qu'ils observent surtout à travers des écrans», poursuit-elle.

Cette année, le projet TourScience a été prolongé afin d'explorer de nouvelles pistes de tourisme pour Chamonix. «Notre vraie question aujourd'hui, c'est: comment pérenniser tout ça?», affirme Célia.


Enjeu vital pour l'économie locale

Dans la commune de Haute-Savoie où le tourisme représente un emploi sur trois, la transformation du secteur est un enjeu vital pour l'économie locale. «On ne veut pas forcément changer le temps que les touristes passent ici, mais plutôt leur approche du séjour», précise Hillary Gerardi.

En arpentant l'une des routes qui mènent au centre-ville, difficile de passer à côté de la place de l'église Saint-Michel. L'édifice de pierre blanche est encerclé de jonquilles et de tulipes. Camaïeu de teintes ensoleillées. Ce printemps, elles ont fleuri plus tôt.

Olivier Greber attend patiemment devant l'office des guides de haute montagne. Il est le président de la compagnie depuis 2019. Fort de ses 240 guides, créé en 1821, le collectif est le plus grand et le plus ancien au monde.

Au fil des années, Olivier Greber a vu changer l'espace autour de Chamonix. «On a tous constaté une évolution des glaciers avec la saisonnalité. Les escaliers du Montenvers, à la fin de la mer de Glace, comptaient autrefois 20 marches… Maintenant, il y en a 1.500», lâche-t-il d'un air désolé.


Amoureux de la montagne

À l'occasion du bicentenaire de la Compagnie des guides en 2021, l'institution a commencé à réfléchir à l'adaptation du métier face au réchauffement climatique. Cette impulsion est d'abord venue du public. «La question de l'environnement revient très souvent avec nos clients. On est obligés d'avoir un minimum de ressources sur le sujet», affirme le baroudeur.


Guide depuis 1980, passionné par son métier, Olivier Greber est président de la Compagnie des guides de Chamonix depuis 2019.

Chamonix est un petit monde. Tous les acteurs du tourisme se connaissent et collaborent. Certains ont même plusieurs casquettes, comme quelques guides qui participent aux recherches du CREA Mont-Blanc. «C'est assez logique, justifie Olivier. Les premières motivations de l'ascension du mont Blanc en 1786 étaient scientifiques, il y a toujours eu ce lien fort entre science et alpinisme.»

Il y a quarante ans, le territoire des Alpes a suscité une vocation chez Olivier Greber. Son regard s'illumine lorsqu'il repense à ses débuts. «Je pratique depuis les années 1980. J'adore mon métier. Je n'aurais pas fait les choses autrement.»

Comme lui, chaque résident de «Cham'» entretient un lien intime avec le massif du Mont-Blanc. Dans les années qui viennent, ils comptent tous s'engager pour préserver chaque bout de ce territoire à la beauté fragile.

35 vues0 commentaire