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Les stations-villages, remède au confinement



Les vacances de Noël ont débuté dans ces stations des Alpes du Sud. Choisies cet été par des Français avides d’espaces vierges et de plaisirs simples, réaction à la « crise COVID », elles disposent de solides arguments pour attirer l’hiver des clients recherchant un tourisme plus humain.

Ils sont unanimes. « Cet été, nous avons eu 30 à 35% de nouveaux clients. Tous disaient vouloir être proches de la nature, dans de grands espaces, loin de la foule », se souvient Elodie Lefebvre, directrice de l’Office de Tourisme (OT) des Hautes Vallées, La Grave-La Clarée-L’Izoard, dans les Hautes-Alpes. Même constat à côté, dans le Queyras.


« Clairement, nous avons vu arriver des vacanciers qui n’avaient pas l’habitude de venir à la montagne (…). On ne s’attendait pas vraiment à ça », avoue Marie Constensous, directrice de l’OT du Guillestrois et du Queyras. L’Ubaye, elle, chiffre « entre 10 et 15% la part de renouvellement de clientèle cet été », selon Yvan Chevalier, directeur de la régie Ubaye Ski, en charge des domaines de ski alpin et nordique de cette vallée des Alpes-de-Haute-Provence.


Rencontres humaines, produits locaux…

« On sent que nos destinations font du bien », résume Marie Constensous. Pour preuve, l’ouverture le week-end du 12 et 13 décembre du site de ski nordique de Larche, dans l’Ubaye, a engendré « une affluence d’au moins 50% supérieure à la fréquentation normale », s’étonne presque Yvan Chevalier.


Pas besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre l’origine du phénomène. Le confinement forcé du printemps, très mal vécu en ville, a jeté sur les chemins alpins des milliers d’urbains soudain empressés de respirer le grand air, loin de la promiscuité des métropoles. Avec en filigrane une envie de rencontres humaines, de produits locaux, de convivialité. Autant de valeurs que les stations-villages possèdent dans leur ADN.


Hier « pas aménagées », aujourd’hui « préservées » !

« Nous sommes des communes qui vivons à l’année et où il existe une dimension d’accueil à taille humaine. Nous travaillons à développer un concept de tourisme bienveillant car il y a ici des hommes et des femmes qui ont envie de faire partager leur territoire », témoigne Bettina Matias, directrice de l’OT du Pays des Ecrins, dans les Hautes-Alpes.


Les stations-villages des départements 04 et 05 ont donc une carte à jouer dans le contexte post-pandémie. « Dans les grandes stations, les gens se retrouvent comme dans les villes, avec du monde partout. Nous sommes protégés de cela. Avant, on disait des stations-villages qu’elles n’étaient pas aménagées. On dit maintenant qu’elles sont préservées ! Ce qui constituait une faiblesse hier pour des vallées comme la nôtre devient aujourd’hui un atout », assure Yvan Chevalier.


« Bains de forêts »

Loin d’être nouveau, le phénomène s’est amplifié avec la crise de la COVID-19. Et les initiatives privées se multiplient. Hébergements en yourtes et en tonneaux de bois à Saint-Paul, dans l’Ubaye. Itinéraires de découverte en ski de randonnée et en raquettes dans le secteur de La Grave-Villar d’Arène, ouverts cette année. Eco chalets et sorties en raquettes sur la trace des loups dans les Ecrins.


Preuve supplémentaire de l’envie de connexion avec la nature : la mode naissante des « bains de forêts ». « Il s’agit d’une immersion sensorielle. C’est une technique japonaise de mobilisation des cinq sens. Un prestataire s’est lancé », indique Bettina Matias, dans les Ecrins. Le Queyras, fort de ses stations-villages Arvieux, Abriès, Molines, Saint-Véran… le proposera aussi l’hiver prochain, en lien avec le Parc naturel régional. « C’est une invitation à ralentir, à se relier à la nature. Cela ouvre une piste de dialogue avec l’environnement, sous le thème de la santé en montagne », pense Marie Constensous.


Croissance tirée par les stations-villages

Quand il existe un parc régional (Queyras) ou national (Ecrins), c’est un atout maître dans la manche des stations-villages. Car les parcs évoquent une nature virginale et un tourisme plus durable. La marque « Esprit Parc », développée par les parcs nationaux et accordée à des prestataires vertueux, est aux yeux des clients un gage de durabilité et de respect de la nature.


La tendance observée dans le 04 et le 05 s’étend à l’ensemble des massifs. « La fréquentation a augmenté de 4,7% en juillet et août dernier par rapport à 2019. Ce sont clairement les stations-villages qui ont tiré cette croissance », confirme Jean-Marc Silva, directeur général de France Montagnes, l’association qui regroupe les principaux acteurs du tourisme de montagne en France.


Le bonheur est dans la neige, pas dans les pistes !

Le constat est clair. « On s’aperçoit que les touristes désirent de plus en plus comprendre un territoire à travers ses habitants, son patrimoine. Ce qui n’était qu’une tendance va devenir une demande, avec un tourisme plus individualisé », dit Jean-Marc Silva. Aux stations d’altitude la « garantie neige », pour les accros du ski alpin et du divertissement. Aux stations-villages la proximité et les loisirs simples.


« L’effet COVID-19 devrait jouer sur la fréquentation des stations-villages cet hiver. Leur charme va rassurer. Les chalets, les gîtes, les producteurs locaux… le bonheur est dans la neige et l’expérience, pas dans le nombre de kilomètres de pistes ! », ajoute le directeur.


Offres durables boostées par les offices de tourisme

Cette évolution incite prestataires et offices de tourisme des stations-villages à dynamiser leur offre et communication. « On encourage cette production touristique durable, en accompagnant et valorisant ceux qui font des efforts. Notre réservation en ligne booste les produits et les séjours durables et une personne est désormais dédiée à ces projets au sein de la Communauté de communes », révèle Bettina Matias. Et de citer comme exemple l’hébergement Au Fil de l’Onde, à Vallouise, éco-construit et servant à ses clients des produits locaux. Ou le chalet AlpeLune, écogite labellisé Esprit Parc, à Puy-Saint-Vincent .


Besoin de médiation

Reste quand même deux aspects qu’il faudra maîtriser. La… surfréquentation qui guette (déjà !) certains sites naturels et une nécessaire médiation auprès de nouveaux clients peu habitués aux usages de la montagne. « Des secteurs comme le plateau de l’Emparis ou la haute vallée de la Clarée ont accueilli parfois trop de monde cet été », met en garde Elodie Lefebvre. Dans le Queyras, le besoin de médiation s’est fait sentir « pour transmettre des clefs de lecture d’un territoire habité, avec une faune et une flore, des éleveurs, des chiens Patou… Souvent, les gens font mal car ils ne sont pas informés. Nous travaillons sur le rôle que peuvent jouer les hébergeurs parce que ces nouveaux vacanciers ne passent pas forcément par les offices de tourisme », indique Maris Constensous.


Il ne manquerait plus qu’on observe dans les stations-villages les mêmes effets pervers constatés dans les grandes stations de ski et les zones d’hyper tourisme…

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