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Le monde de la montagne dénonce les "contre-vérités" du rapport de la Cour des comptes



"Sans l'industrie du ski, la Savoie serait la Lozère". Des opérateurs de domaines skiables prennent la parole pour dénoncer les "erreurs, approximations ou inexactitudes" du rapport de la Cour des comptes publié en février dernier sur le modèle des stations de ski face au réchauffement climatique. Ils demandent à la juridiction financière de revoir sa copie.

Le document de 147 pages a fait l'effet d'une bombe dans le milieu de la montagne. La Cour des comptes a étrillé, dans un rapport publié le 6 février, le modèle économique du ski français "à bout de souffle" et dont les politiques d'adaptation face au changement climatique "restent en deçà des enjeux".


Les exploitants de stations de sports d'hiver ont rapidement pris la parole pour dénoncer des conclusions jugées grossières. La chambre professionnelle de ces opérateurs, Domaines skiables de France (DSF), a adressé une demande de rectification au premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, pointant des "erreurs, approximations ou inexactitudes."


"Nous ne nous laisserons pas diffamer sans rien dire pour rétablir la vérité sur de nombreux points", avertit le président de DSF, Alexandre Maulin, cité dans un communiqué, tout en dénonçant un rapport "écrit méthodiquement pour jeter le discrédit sur les domaines et les présenter comme des acteurs dans le déni."


Colosse au pied d'argile ?

"Personne ne nie le dérèglement climatique. Par contre, on n'est pas du tout d'accord sur le contenu avec énormément d'erreurs. En particulier, on parle de 8 % de prélèvements d'eau à destination de la montagne sur les retenues collinaires (en Savoie) alors que c'est 0,1 %. On a tous les chiffres", assure Jean-Luc Boch, maire de La Plagne, président de France Montagnes et de l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM).


La Cour des comptes considère pour sa part que "l'impact de la production de neige sur les ressources en eau" paraît "sous-estimé dans de nombreux territoires". La montagne française, deuxième destination touristique hivernale au monde, représente 22,4 % des nuitées à l'échelle du pays. Les seules remontées mécaniques génèrent 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires tandis que les stations engendrent 11 milliards d'euros de retombées globales.


Le risque, c'est qu'on investisse massivement, avec des durées d'amortissement longues, qui font que les stations pourraient se retrouver en faillite.

Fabienne Grébert, conseillère régionale Les Ecologistes


Ce rapport au vitriol vient ainsi rouvrir le débat sur l'avenir de l'économie du ski alors que l'or blanc se raréfie. "Est-ce qu'il faut continuer à mettre des financements publics sur de la neige de culture ? Il y a des stations sur lesquelles on a investi des millions d'euros pour des équipements et qui sont déjà fermées définitivement parce qu'il n'y a plus d'eau ou pas suffisamment de températures faibles", relève pour sa part Fabienne Grébert, conseillère régionale Les Écologistes d'opposition.


Le Plan montagne II, porté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et doté d'une enveloppe globale de 100 millions d'euros, a alloué 30 millions d'euros à "la sécurisation de l'enneigement en période hivernale", notamment à destination des "stations les plus fragiles".


"Le risque, c'est qu'on investisse massivement, avec des durées d'amortissement longues, qui font que les stations pourraient se retrouver en faillite. Une fois qu'elles seront endettées et qu'elles ne pourront plus amortir ces investissements, elles ne pourront plus emprunter pour la transition. Ce dont on a besoin, c'est d'imaginer la suite", ajoute Fabienne Grébert.


La vulnérabilité des stations en question

Critiqué par les professionnels de la montagne, le rapport de la Cour des comptes l'est également par une partie de la classe politique locale. Député Les Républicains de la Savoie, Vincent Rolland dénonce un document "décapant en matière de contre-vérités et d'approximations".

"On lit qu'une station de la Drôme, Font d'Urle, est, en termes de vulnérabilité, à peu près l'équivalent de la station de Courchevel. J'aimerais bien connaître les indicateurs mis dans la moulinette pour sortir ce type de résultat", s'interroge l'élu.


L'émission Dimanche en politique revient sur le rapport de la Cour des comptes sur l'adaptation des stations de ski au dérèglement climatique, critiqué par les professionnels du secteur.


Pour établir son rapport sur l'avenir des domaines skiables face au changement climatique, la Cour des comptes a calculé un indice de vulnérabilité établissant les chances de survie de chaque station après 2050. Cet indicateur prend en compte le risque climatique, la capacité économique des acteurs face à ce risque et les conséquences sur la population.


A titre d'exemple, les stations de Val d'Isère, Tignes, les Deux Alpes ou Chamonix ont les indices les plus faibles, soit les chances de survie les plus élevées. Mais cet indicateur est lui aussi contesté par les professionnels du secteur, pointant l'absence de base scientifique.


"Depuis des années voire des décennies, l'ensemble des opérateurs, des élus, se posent évidemment des questions, d'où une diversification de l'offre. Mais dès lors que les vacanciers viennent pour le ski, il faut traiter ce produit. Dès lors qu'on est dans une compétition mondiale, il est normal que les acteurs publics accompagnent les stations", justifie Vincent Rolland, taclant "un vieux fond anti-stations qui perdure dans notre pays".


"Personne ne nous propose rien"

Outre la vulnérabilité de certains opérateurs, la Cour des comptes tacle leur impréparation globale au dérèglement climatique. Celles-ci doivent envisager un autre mode de fonctionnement, basé sur "de vrais projets" et "se projeter sur les 20, 30 années futures", estime la juridiction financière.

Quant aux actions de diversification déjà en cours, "elles tendent souvent à reproduire le modèle du ski fondé sur des investissements importants et une forte fréquentation sans plan d'affaires permettant d'établir leur pertinence économique."


"Tout le monde veut qu'on change de modèle, personne ne nous propose rien. On est preneurs si vous avez un modèle économique qui permet de conserver les 300 000 emplois générés par le ski et de continuer à faire vivre des millions de personnes sur les territoires de montagne", s'emporte Jean-Luc Boch.


Il faut très clairement changer de vision, mettre en place une nouvelle gouvernance, élargir la focale, trouver des ressources (…) pour arriver à un modèle plus diversifié.

Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes


"Il faut appeler un chat un chat, sans l'industrie du ski, la Savoie serait la Lozère", renchérit Vincent Rolland. Une industrie tributaire des impacts du réchauffement climatique, mais qui pèse elle aussi sur l'environnement. Les transports contribuent à hauteur de 57 % des émissions de gaz à effet de serre d’une station de montagne, posant la question de leur durabilité à l'heure où la clientèle étrangère est de plus en plus nombreuse.

"Il est fondamental de repenser le transport ferroviaire, ce qui permettrait de maintenir une activité touristique et une activité de tous les jours", plaide Fabienne Grébert, alors que les vallées alpines restent faiblement irriguées par le rail.


"Il faut très clairement changer de vision, mettre en place une nouvelle gouvernance, élargir la focale, trouver des ressources (...) pour arriver à un modèle plus diversifié, qui soit un modèle 'quatre saisons' et pour tout type de station", défendait Pierre Moscovici lors de la sortie du rapport de la Cour des comptes. Un document, certes discuté, qui pose malgré tout la question de la pérennité du pilier de l'économie alpine.

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