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Enjeux climatiques : la neige artificielle toujours nécessaire


Des domaines skiables repoussent l’ouverture de leur station par manque d’enneigement et devront utiliser davantage les canons à neige pour lancer la saison. Une situation que dénonce l’association France Nature Environnement


Face à la sécheresse mais aussi à la hausse du prix de l’énergie, la question de l’utilisation de machines telles que les usines à neige peut se poser.

Du côté des domaines skiables, on assure que la production et l’utilisation de cette neige artificielle sont « nécessaires mais mesurées ».

L’association France Nature Environnement dénonce, elle, une méthode « ubuesque » face aux enjeux environnementaux.

La station d’Auron, dans les Alpes-Maritimes, a annoncé en début de semaine, le report de sa date d’ouverture à cause du manque d’enneigement. Sa voisine, Isola 2000, située un peu plus haut en altitude, a décidé de maintenir la date du 3 décembre, et d’être « l’une des premières de France » à lancer la saison. Et pour pouvoir l’assurer, elle ne manquera pas d’utiliser ses 430 canons qui déploient la neige de culture. C’est également ce que compte faire La Colmiane, comme le rapporte France Bleu Azur.


« La neige de culture est un moyen sécurisant et essentiel pour conditionner la saison, développe Jean Christophe Desens, directeur du domaine skiable d’Isola 2000. En sept jours d’utilisation, elle permet de créer la sous-couche nécessaire pour avoir cinq mois de saison. »


« L’année dernière, sans canon, il n’y aurait eu ni Auron, ni Isola 2000 »

« Ces machines fonctionnent moins de 200 heures par an, surtout en début de saison puis pour pallier des manquements de neige comme appoint, assure le professionnel. Mais sont indispensables pour définir une ouverture de la station et de faire vivre plus de 600 employés et toute l’économie de la vallée ».


Et pour produire cette neige « qui résiste mieux à la fonte », il faut de l’énergie et de l’argent. Un mètre cube de neige de culture revient à 2,5 euros. À titre d’exemple, à Auron, 800.000 m3 ont été produits l’année dernière.


« Dans tous les cas, on a besoin de cette sous-couche pour tenir la saison, sans quoi on ne pourrait pas garantir du ski sans interruption et maintenir notre activité, assure Frédéric Gil, directeur général des stations de Nice Côte d’Azur. Même si la production a un coût, on met les moyens. L’année dernière, sans canon, il n’y aurait eu ni Auron, ni Isola 2000. »


Une perte de 30 à 40 % de l’eau par évaporation

Outre la crise énergétique, celle climatique menace également la production de neige artificielle. Pour projeter ces cristaux, il faut d’abord puiser de l’eau, environ 1.000 litres pour 2 à 2,5 m3 de neige. « Notre neige de culture vient de nos retenues collinaires, un ouvrage de stockage des eaux de pluies et de ruissellement, affirme Frédéric Gil. Elles sont pleines grâce aux orages d’août. Et puis, l’intégralité de cette eau est restituée dans son milieu naturel au moment de la fonte. »


Des arguments que réfute complètement Éric Feraille, président de France Nature Environnement de l’antenne Auvergne-Rhône-Alpes, qui a étudié le dossier de la neige artificielle de près. « La méthode actuelle de production fait perdre entre 30 et 40 % d’eau par évaporation et pertes mécaniques, explique-t-il. Cette eau deviendra inutilisable pour les autres usagers et les milieux naturels. Et ce qui reviendrait dans les sols, rentre au moment où les terres en ont le moins besoin tout comme ce qui est pris, l’est quand il ne le faut pas » Le président de la FNE Aura ajoute que « cette capacité de mieux tenir la fonte » restreint « les possibilités de chaleur des sols et favorise leur réchauffement ».


« Laisser la montagne tranquille »

Pour lui, « il faut laisser la montagne tranquille ». « Il suffirait d’ouvrir seulement quand il y a de la neige naturelle. Au lieu de forcer une activité tournée vers le tourisme, imaginer une activité de proximité qui permet, à l’image d’un gymnase ou d’un stade, d’avoir un équipement sportif et d’en profiter quand c’est le moment opportun », propose-t-il. Avant d’alerter : « Quand il n’y aura plus de ressources, et ça va arriver plus vite qu’on ne le pense, il sera trop tard. On voit déjà les durées moyennes d’enneigement se restreindre et les conditions de production de neige de culture avec elles. Bientôt, il faudra faire des choix entre utiliser de l’eau pour une activité touristique ou pour la population. Arrêtons dès maintenant de creuser des trous pour mettre de l’eau qui ne va plus exister. »


Du côté des gérants des stations, on assure « anticiper et avoir une gestion très fine des ressources » notamment grâce « aux derniers engins de damages qui permettent de produire exactement ce qui est nécessaire », rappelle Jean Christophe Desens. Il souligne : « Grâce aux nouvelles technologies, moins énergivores, on peut faire des économies d’énergie de plus de 10 % tout en étant écoresponsable. C’est ancré dans notre culture à Isola 2000. »


Frédéric Gil se défend : « Le réchauffement climatique, on le constate en travaillant directement avec les éléments naturels. Les enjeux s’imposent à nous et on s’adapte. Au-delà de notre capacité à produire de la neige, on insiste pour promouvoir la diversification d’activités en montagne à toutes les saisons. »

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