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Comment les stations de ski en Suisse ont snobé le virus



Pari risqué mais réussi pour le gouvernement suisse : malgré le Covid-19, les stations de ski affichent un bilan presque satisfaisant.


La station de Zermatt, à la frontière italienne du canton du Valais, avec son sommet à 3 900 mètres, et celle Saas Fee, avec ses quarante-huit pistes, dont la plus longue mesure neuf kilomètres, ont fermé dimanche 18 avril. Crans-Montana, c'était le 11, après 152 jours. Contrairement à ses voisins allemands, français et italiens, la Suisse a fait le choix de laisser ouvertes ses remontées mécaniques. Et malgré les risques, le pari est largement gagné. Aucun foyer de contamination ne s'est déclaré dans les sommets enneigés. La baisse de fréquentation, en raison de l'absence des étrangers, n'est en moyenne que de 24 %. Malgré cela, le Conseil fédéral [gouvernement] se garde de crier victoire. Quant à la télévision, elle se contente d'évoquer un « bilan plutôt positif » et un « sentiment de mission accomplie ».


Il ne faut surtout pas y voir un manque d'enthousiasme. Mais, de l'autre côté du Jura, dans l'imaginaire collectif, le ski est sacré. Et ce n'est tout de même pas un sale petit virus qui allait priver les Helvètes d'air frais et de plein de soleil. Pour le dessinateur Chappatte, « l'île de la tentation », version suisse, c'est un sommet enneigé, avec un drapeau à croix blanche planté tout en haut. Bref, la décision d'Alain Berset, ministre de l'Intérieur et de la Santé, de maintenir ouverts les 336 domaines skiables du pays allait forcément de soi. Quitte à faire bondir les autres pays européens et à subir les foudres des virologues, des infectiologues et des épidémiologistes.


Limiter les places pour le paradis blanc

Le professeur Didier Pittet, co-inventeur du gel hydroalcoolique, médecin-chef du service de prévention et contrôle de l'infection aux Hôpitaux universitaires de Genève, par ailleurs chargé par Emmanuel Macron d'évaluer la politique de la France concernant la crise sanitaire, n'était pas le moins mécontent. Il annonçait que, malgré son amour pour le ski, il ne se rendrait pas cette année en station. Il mettait fermement en garde contre ce « brassage de population » propice à la transmission du Covid, surtout avec l'arrivée du variant britannique.


Quant à l'OMS, elle rappelait que, l'année dernière, la station de ski d'Ischgl, dans le Tyrol autrichien, avait été l'un des principaux centres de dissémination du coronavirus en Europe, avec la contamination de quelque 10 000 touristes. Mais c'était bien davantage la faute des bars que des pistes. C'est là que la Suisse a réussi à faire la différence en limitant les places pour le paradis blanc. La police n'hésitait pas, lors des chassés-croisés, à bloquer à certaines heures les routes d'accès à certains domaines afin d'empêcher un afflux trop important. Enrique Caballero, président des Portes-du-Soleil, côté suisse, explique que, malgré la baisse du nombre de skieurs, « la masse salariale a augmenté de 10 à 15 % ». En effet, il a fallu embaucher de nouveaux salariés pour contrôler le respect des mesures sanitaires. Autre investissement : l'achat de barrières et de filets pour que les skieurs respectent les distances. Leysin a ainsi déboursé 360 000 euros.


Plus de Suisses que les années précédentes

Autre manque à gagner : les forfaits de cinq heures ont remplacé ceux des journées entières afin de respecter le couvre-feu. Malgré tout, Enrique Caballero se félicite du « courage politique » du gouvernement et du « respect strict des règles barrières » de la part des vacanciers. Quant à Bernard Dubuis, de Télè Anzère, il se montre carrément optimiste : 2021 entre dans le « top 3 » des meilleures saisons de la station. La quarantaine de stations partenaires du « Magic Pass » n'affiche qu'une baisse de 7,5 %. « Les Jurassiens et les Fribourgeois font une très bonne saison, même proche des records pour certains, du fait de l'enneigement, assure Sébastien Travelletti, vice-président de Magic Pass, à la Radio Télévision suisse. Enfin, le domaine de Leysin annonce la deuxième meilleure saison depuis une décennie ! »


Laurent Vanat, spécialiste du tourisme de neige et de montagne, constate que, en l'absence des étrangers, les stations « ont attiré davantage de Suisses que les années précédentes. Comme ils ne pouvaient pas se rendre ailleurs, certains sont remontés sur les skis alors qu'ils ne l'avaient pas fait depuis plusieurs années ». Autant de témoignages qui risquent de provoquer beaucoup de regrets et de pleurs côté français. Toutefois, la situation n'est pas totalement comparable. La pratique du ski est sacrée dans la Confédération. Une partie de la population habite dans les montagnes et l'autre moitié, grâce à un niveau de vie élevé, possède souvent des chalets. Le brassage est donc moins important que dans l'Hexagone où les skieurs, venus de la région parisienne et des grandes agglomérations, se croisent dans les hôtels et les gîtes.


Aucune enquête n'a encore été menée dans la Confédération pour savoir si l'ouverture des stations a permis de redonner une joie de vivre à la population. Ou au moins lui a remonté le moral.

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