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CLIMSNOW : L'ÉTUDE QUI PRÉDIT L'AVENIR LES STATIONS DE SKI


Astrophysicien puis nivologue, Carlo Carmagnola est spécialiste de la neige entre le Centre d'Etudes de la Neige de Météo-France et le cabinet Dianeige. Avec ses collègues et les partenaires d'INRAE, il a mis sur pied l’étude Climsnow, qui permet de modéliser l’évolution du niveau d’enneigement des stations de ski dans les années à venir. Retour sur les résultats de cette étude stratégique pour les Alpes du Sud.


Docteur en physique de la neige, Carlo Carmagnola s’est adonné à l’étude du manteau neigeux dans le contexte climatique dans le laboratoire de Météo-France. En parallèle de ces travaux, il est également ingénieur de recherche pour Dianeige et professeur de ski à l’ESF.


En quoi consiste l’étude Climsnow ?


C'est un outil d’aide à la décision pour les stations de ski. La réflexion sur la problématique de l’enneigement futur dans les stations de ski a commencé en 2012 et nous avons lancé Climsnow en 2020. L’idée, c'était de mettre ensemble un peu l'état de l'art de ce qui existe sur différents sujets. A partir des projections climatiques fournies par les données du GIEC et les différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, nous avons mis en place une modélisation avancée qui permet d’observer les conséquences du changement climatique sur le manteau neigeux. Pour les stations, cela permet d’imaginer quelle sera la pratique du ski dans quelques décennies.


Quels sont les paramètres pris en compte pour arriver à ces prévisions ?


Il faut arriver à combiner de façon logique et rigoureuse différentes composantes. Les projections climatiques qui sont la base de l’étude ne sont pas assez localisées. Nous faisons des zooms sur des zones pour ajuster les prévisions. Pour cela, nous prenons en compte trois paramètres clés : l’altitude, l’orientation et la pente. Être exposé à 10° sud ou 20° nord, par exemple, change totalement l’interaction avec le rayonnement solaire. Ensuite, il y a la modélisation de la neige. Il ne suffit pas de connaître les projections climatiques et l'endroit où l’on se trouve, il faut aussi savoir comment la neige évolue : sa vitesse de fonte, son accumulation, son placement, etc. C'est cette étape qui nous a permis de proposer Climsnow, en modélisant le travail de la neige avec les effets du damage et de la neige de culture. C'est grâce à ça qu'on est capable de représenter un domaine skiable en ne prenant pas seulement en compte la neige qui tombe du ciel.


En neige naturelle, certaines stations pourraient continuer à tourner de manière dégradée dans 30 ans. D’autres stations auront besoin d’avoir recours à la neige de culture, et certaines ont déjà, aujourd’hui, besoin de la neige de culture pour être exploitables.


Quels scénarios d’enneigement dans les stations des Alpes du Sud ces prochaines années ?


Nous avons étudié environ 140 stations en France dont 48 dans la Région Sud, quasi exclusivement destinées au ski alpin mais aussi avec du ski nordique, avec de très grosses variabilités. Vous n’aurez pas le même climat à Serre-Chevalier ou Isola 2000, alors que vous pouvez être à même altitude. On ne peut pas généraliser les prédictions à l’échelle des Alpes du Sud. Nous avons défini un paramètre en particulier qui est l’indice de fiabilité d’enneigement, qui permet d’analyser chaque station mais aussi de comparer les stations entre elles. Si on prend ces cartes on voit l’évolution temporelle jusqu’en 2050 et on voit ce qui se passe si on ne garde que la neige naturelle ou si on met en place des projets qui ont été identifiés dans chaque station. En neige naturelle, certaines stations pourraient continuer à tourner de manière dégradée dans 30 ans. D’autres stations auront besoin d’avoir recours à la neige de culture, et certaines ont déjà, aujourd’hui, besoin de la neige de culture pour être exploitables. La seule station des Préalpes qui a vraiment l'air de tenir plus que les autres c’est SuperDévoluy. Dans les Alpes, Serre-Chevalier et ses voisines comme Montgenèvre sont celles qui se portent le mieux. Des stations comme Les Orres et Isola 2000 seront exploitables avec la neige de culture. Certaines stations sont déjà en difficulté aujourd’hui au niveau climatique, elles devront donc prendre en compte tous les aspects économiques pour maintenir ou non leur activité à l’avenir.


Pour définir le potentiel d’exploitation d’une station par le biais de la neige de culture, le facteur sécheresse est-il pris en compte ?


Notre modèle concerne le climat et la neige, pas directement les aspects hydrologiques. C'est une grosse question. Aujourd’hui le modèle est capable de dire « chez vous, dans votre station, dans 30 ans, si vous voulez que vos pistes de ski soient viables, il faudra augmenter de 30 % votre consommation de neige de culture pour compenser le manque d’enneigement naturel ». La question de la disponibilité de cette eau relève d’une étude hydraulique. Nous travaillons en partenariat avec EDF pour pouvoir proposer d’ici quelques mois une étude complémentaire, notamment aux stations situées à proximité du lac de Serre-Ponçon, sur la disponibilité de l’eau.


Comment voyez-vous la montagne de demain ?


Je ne la vois pas radicalement différente par rapport à aujourd’hui. Je vois des évolutions ciblées sur des zones d'activités et des modes de gestion. Je pense que la transition se fera lentement, par zone. Les stations basses vont se demander si elles continuent à faire de la neige et les stations hautes pourront être skiables encore en 2050. Je ne crois ni ceux qui disent que demain nous ne pourrons plus skier, ni ceux qui disent qu’on va pouvoir continuer avec le même modèle économique. Les changements vont se faire de manière graduelle, variant selon des spécificités de chaque site.


Avec le Plan Montagne, 200 millions d'euros pour les Alpes du Sud

Après 100 millions d'euros investis entre 2016 et 2020, depuis 2021, et jusqu'à 2027, ce seront plus de 200 millions d’euros qui seront mobilisés pour assurer l’avenir des Alpes du Sud. 100 millions seront consacrés au développement et à l’aménagement durable des vallées de montagne, 100 millions supplémentaires, seront consacrés au soutien des stations de montagne.


Grâce au Plan de Reconquête pour l’Economie des Territoires de Montagne, ainsi qu’aux dispositifs Espaces Valléens dans le cadre de la Convention Interrégionale du Massif des Alpes (CIMA) 2021-2027, la Région Sud agit concrètement pour le développement des domaines skiables. Ainsi, le Plan de Reconquête, lancé au cœur de l’hiver 2020/2021, a permis d’accompagner 63 opérations sur 36 sites de pratiques de ski alpins et nordiques avec plus de 8 millions d’€. Par ailleurs, afin d’augmenter la résilience des stations face aux changements climatiques, plus de 20 projets développement touristiques sur quatre saisons ont été retenus dans la démarche Espace Valléens en octobre dernier.

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