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Avalanche de dameuses à hydrogène dans les stations



Soucieuse d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2037, selon le souhait émis par DSF (Domaines Skiables de France, la chambre professionnelle des exploitants de stations de ski) lors de son congrès annuel en octobre 2020, SATA Group (exploitant des domaines skiables de l’Alpe d’Huez, des Deux-Alpes et de la Grave) réfléchit dès aujourd’hui à la façon de réduire ses émissions de CO2. C’est dans ce cadre qu’une dameuse fonctionnant à l’hydrogène va être testée cet hiver à l’Alpe d’Huez.


Sur la quarantaine de dameuses dont il dispose sur les trois domaines skiables qu’il gère (l’Alpe d'Huez, les 2 Alpes, La Grave), SATA Group a déjà commandé à GCK le rétrofit de cinq engins (transformation d’une dameuse thermique en dameuse à hydrogène). © Lionel Royet-Alpe d’Huez Tourisme


« Aujourd’hui, sur un domaine skiable, le damage est quasiment le seul poste responsable des émissions de gaz à effet de serre (environ 90 % pour être plus précis) », explique Yann Carrel, directeur des opérations de SATA Group. C’est donc fort logiquement que l’exploitant du domaine skiable a d’abord dirigé ses efforts sur les dameuses, même s’il y a une réflexion plus globale derrière tout ça.


Avant d’envisager le passage à l’hydrogène, l’Alpe d’Huez s’est déjà concentrée sur une solution facile, mais efficace : l’écoconduite. « On y forme nos chauffeurs depuis au moins cinq ans. Commencer par bien régler sa dameuse permet d’éviter la surconsommation. On économise entre 30 000 et 40 000 litres de gasoil par an sur le domaine skiable de l’Alpe d’Huez. Au niveau de SATA Group, cela représente presque 80 000 litres de moins par année, sur une consommation totale de 1,4 million de litres », précise Yann Carrel.


Concernant l’hydrogène, la réflexion a été entamée à l’automne 2021 : « On a alors été contacté par GCK et Kässbohrer [lire encadré]. Comme nous siégeons au comité directeur de DSF, et que la réduction de l’empreinte carbone fait partie de ses priorités actuelles, on était plus particulièrement sensibilisés à la question », affirme le directeur des opérations de SATA Group. Lors de l’hiver 2022-2023, un prototype sera testé par un groupe dédié sur le domaine de l’Alpe d’Huez (deux ou trois chauffeurs et une équipe technique interne, tous plutôt expérimentés et ayant la fibre du développement de produits). Cette phase de développement et de mise au point se poursuivra également sur l’hiver 2023-2024. SATA Group a déjà commandé à GCK le « rétrofit » (transformation de dameuses thermiques en dameuses à hydrogène) de cinq machines.


« Nous aimerions, d’ici dix à quinze ans, avoir l’intégralité de notre parc de dameuses fonctionnant à l’hydrogène », espère Yann Carrel.


Mêmes performances que les dameuses thermiques

Au-delà du coût financier – une dameuse à hydrogène est aujourd’hui 1,7 à 2 fois plus chère qu’une dameuse à moteur thermique, même si l’objectif est de revenir sur des coûts comparables d’ici cinq ans – le passage vers cette solution beaucoup plus respectueuse de l’environnement représente un défi technique. Yann Carrel liste les problématiques : « Il faut trouver les bons réglages de commande de la dameuse. On doit aussi parvenir à l’équilibre d’implantation d’un nouveau système d’alimentation avec des réservoirs annexes. Pour la même autonomie – environ huit heures en fonctionnement continu – on a besoin de 600 à 700 litres d’hydrogène, contre 300 à 350 litres de gasoil. Il faut donc bien stocker ce carburant quelque part, sans altérer l’équilibre général de la dameuse. Sans oublier que l’hydrogène est un gaz qu’on doit faire devenir liquide pour l’utiliser dans une dameuse. On espère, d’ici 2025-2026, avoir notre propre usine de transformation, sur place. Parce que si cet hydrogène est transformé dans la vallée et qu’on doit l’acheminer par camion jusqu’à la station, on ne ferait que déplacer le problème des émissions de CO2 », estime le directeur des opérations de SATA Group.

Mais pourquoi ne pas avoir opté plutôt pour l’électrique, comme d’autres opérateurs l’envisagent (en l’occurrence la Compagnie des Alpes, l’exploitant de Val d’Isère, Tignes, Serre-Chevalier, La Plagne, etc.) ? « Parce que ça paraît compliqué, par rapport aux durées de postes de damage, ainsi qu’aux puissances demandées. Une dameuse électrique a une autonomie de quatre à cinq heures maximum, avec une durée de charge elle aussi de quatre à cinq heures. L’hydrogène offre les mêmes caractéristiques que le thermique, en durée d’autonomie comme en puissance. Mais soyons honnêtes : sans les contraintes de pollution, on resterait sur du thermique », admet Yann Carrel.

D’autres mesures de réduction d’émission de CO2 sont déjà appliquées – ou envisagées – par SATA Group, comme l’achat de pick-up/utilitaires hybrides (voire 100 % électriques) pour les déplacements effectués par les employés sur le domaine skiable et/ou dans la station. « On s’associe également aux réflexions sur la mise en place d’un ascenseur valléen de Bourg d’Oisans à l’Alpe d’Huez. Depuis un an et demi, on a aussi installé des panneaux photovoltaïques sur certaines remontées mécaniques, afin d’assurer l’autonomie énergétique de l’électricité et du chauffage utilisés dans les chalets d’arrivée ou de départ de ces remontées. On l’a déjà fait sur les deux gares du télémixte Marmottes 1 et les deux du télésiège débrayable du Chalvet. On l’envisage pour cet hiver pour le bâtiment de la SATA, et pour l’ensemble des remontées principales du domaine skiable à horizon cinq ans », conclut Yann Carrel.


Et même si cela ne concerne pas directement le domaine skiable, la station a aussi, via Resalp, son partenaire en charge de l’exploitation des bus urbains, commandé à GCK trois bus rétrofités hydrogène. Le premier prototype sera également livré fin 2022 avant d’entrer en phase d’homologation en 2023, en vue d’une mise en service des trois véhicules début 2024.


Alors qu’une dameuse électrique – testée dans d'autres stations françaises – n’a guère que 4 à 5 heures d’autonomie, la dameuse à hydrogène peut fonctionner pendant près de huit heures avec un "plein". Soit le même niveau de performance qu’une dameuse thermique. © Lionel Royet-Alpe d’Huez Tourisme



La dameuse à hydrogène, comment ça marche ?

Il n’existe pas encore de modèle de dameuse à hydrogène produit en série. Concrètement, le prototype qui sera utilisé l’hiver prochain à l’Alpe d’Huez est à l’origine une dameuse « thermique » issue de la gamme « Select » du fabricant allemand Kässbohrer. Elle sera « rétrofitée » par la société GCK Industry, (Green Corp Konnection, l’ancienne écurie de course de Guerlain Chicherit, champion du monde de ski freeride puis coureur automobile, qui s’est associé en 2020 à l’industriel auvergnat Éric Boudot). Concrètement, le moteur thermique qui entraîne aujourd’hui le groupe hydraulique venant actionner les différents éléments de la dameuse – chenilles, fraise, lame, etc. – sera remplacé par un moteur électrique de 320 kilowatts (kW), alimenté par une pile à combustible de 150 kW, elle-même approvisionnée par 70 kilos d’hydrogène stockés à 700 bars dans des réservoirs homologués « automotive » et couplée à une batterie IBS (filiale de GCK) adaptée aux usages hydrogène. L’autonomie annoncée pour ces dameuses à zéro émission de CO2 est de huit heures en fonctionnement continu, avec des capacités d’ascension et d’accélération identique à celles des véhicules thermiques d’origine.



Les chiffres clés


2037

Date à laquelle les exploitants de domaines skiables sont censés atteindre la neutralité carbone (selon l’engagement pris en 2020 par Domaines Skiables de France, leur chambre professionnelle).


90 %

Part du damage dans les émissions de CO2 d’un domaine skiable.


5,7 %

Économies de gasoil permises grâce à l’écoconduite des dameuses au niveau de SATA Group (soit 80 000 litres sur 1,4 million).


600 à 700

En litres, la consommation d’hydrogène pour avoir la même autonomie (8 heures) qu’avec une dameuse à moteur thermique (dont le plein représente 300 à 350 litres de gasoil).


1,7 à 2

Un prototype de dameuse à hydrogène est aujourd’hui 1,7 à 2 fois plus cher qu’une dameuse thermique.

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