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Après l'hiver blanc, le ski alpinisme espère pérenniser le boom des pratiquants



Aux portes d’une saison d’hiver cruciale, l’ex "petit monde" du ski alpinisme est en pleine réflexion pour tenter d'ancrer dans la durée un boom des pratiquants. Sans oublier de mettre en place un pôle athlète pour les JO-2026.


« Je n’ai pas vraiment d’inquiétude sur la pérennisation du phénomène observé l’hiver dernier. Le gonflement du nombre de pratiquants devrait être confirmé, même si le ski alpin reprend », estime le directeur technique national du ski alpinisme à la Fédération française de montagne et d’escalade (FFME), Pierre-Henri Paillasson, sans inquiétude pour la saison à venir.


Avec le ski de fond, sa discipline fait partie des « miraculées » de l’hiver « blanc » 2020. Un hiver où, faute de ski alpin, nombreux sont les skieurs qui ont chaussé les spatules équipées de peaux de rando.


« C’est une discipline bien dans l’air du temps : pas ou peu d’impact environnemental (pas de rejet de CO2), elle fait fi du manque de neige, ne coûte pas cher (une fois investit dans le matériel)… Dans les skieurs qui sont passés au ski de « rando » l’an dernier, beaucoup ont opéré une conversion et ne devraient pas revenir en arrière », complète Pierre-Henri Paillasson.


Quels effets attendre du phénomène JO ?

Les stations de ski l’ont bien compris. Tignes, en Savoie, avec sa Pala’foulée de 3 kilomètres de long et ses 465 mètres de dénivelé positif. Mais aussi Val Thorens où un secteur complet - celui du Borgne - sera entièrement dédié au ski de randonnée.


Idem pour Avoriaz, Arêches-Beaufort, Saint-Gervais, en Haute-Savoie, La Plagne, Valmorel, Saint François Longchamp en Savoie ou encore Chamrousse, en Isère : autant de capitales du ski qui ont décidé de convertir une partie de leurs domaines à la pratique de « la peau ».


« Et puis, il y a l’effet JO », poursuit Pierre-Henri Paillasson. C’est officiel depuis juillet dernier, le Comité international olympique (CIO) a acté l’entrée du ski alpinisme aux Jeux olympiques. Ce sera en 2026, en Italie, lors des Jeux de Milan-Cortina d’Ampezzo. Autant dire demain pour la Fédération française qui a encore tout à faire pour aller défier les « maestri » italiens de la spécialité sur leurs terres.


« A la différence de l’Italie qui dispose d’un centre d’entraînement spécifique placé sous l’égide de l’armée, nous n’avons, en France, pas encore de pôle compétition. Mais nous y travaillons d’arrache-pied », explique le directeur technique national.


Difficile, en effet, de changer de culture du jour au lendemain. Même après un décollage éclair comme celui de l’an dernier. « Nous ne sommes qu’une petite fédération », expliquait récemment au Dauphiné Libéré, Alain Carrière, le président de la FFME. Avec 70 000 licenciés, principalement issus de l’escalade, et 90 % des skieurs alpinistes inscrits en catégorie loisirs, la fédération française peine à remonter ses 20 % de baisse de licenciés enregistrée depuis la crise du Covid.


Un pôle compétition partagé entre les massifs

« Nous sommes en train de bâtir un plan de performances fédéral, assure Pierre-Henri Paillasson. Il comprend un pôle espoirs qui serait basé à Font-Romeu, dans les Pyrénées-Orientales. Mais on travaille également à nouer des partenariats avec l’école nationale des sports de montagne. A ce titre, l’ENSA [Ecole nationale de ski et d’alpinisme, NDLR] de Chamonix et le Centre national de ski nordique (CNSNMM) de Prémanon dans le Jura seraient nos deux pôles d’entraînement ».


Dans le Jura, le travail sur les montées. Dans les Alpes, celui sur les descentes : la grande boucle d’un pôle de haut niveau « made in France » serait ainsi bouclée. « Le ministère des Sports devrait valider ce schéma d’organisation en septembre de l’année prochaine », conclut de DTN.


Des compétitions alpines pour se faire la main


D’ici là, les compétitions devraient reprendre leurs pleins droits. Il y aura les classiques comme la Pierra Menta d’Arêches-Beaufort dont ce sera la 36e édition du 9 au 12 mars. Chez nos voisins, les skieurs retrouveront aussi la Patrouille des glaciers en Suisse ou le Trofeo Mezzalama en vallée d’Aoste italienne.


« Mais nos athlètes devront également répondre présent sur les autres courses du circuit », poursuit Pierre-Henri Paillasson. Car c’est là qu’ils travailleront les formats de courses courtes retenus pour les Jeux olympiques : le sprint, le relais ou l’individuelle. A ce titre, on travaille avec Flaine pour l’organisation d’une Coupe du monde, avec Val Thorens pour un championnat de France et avec Courchevel pour un site d’entraînement de « vertical race ».


JO 2026 : l’Italie dans son jardin

Pendant que notre fédération se met en ordre de bataille, de l’autre côté du Mont-Blanc, à Courmayeur, on est sur un petit nuage. « En juillet, lorsque l’on a appris que le ski alpinisme serait discipline olympique, on était doublement heureux, explique le lieutenant-colonel Patrick Farcoz, qui commande la pépinière à champions de l’équipe d’Italie. Doublement car non seulement nos athlètes joueront à domicile. Mais en plus, notre palmarès de ces 10 dernières années nous fait espérer un bon nombre de médailles ».


Comment donner tort, en effet, au patron de la section ski alpinisme de l’école militaire alpine ? Il suffit de regarder le palmarès d’une compétition, celle de la reine des rendez-vous alpins de la discipline, la Pierra Menta, pour s’apercevoir que nos voisins sont abonnés à la victoire.


« Nous, on est mieux placé chez les femmes, tempère Pierre-Henri Paillasson. Avec notre multiple championne du monde Laëtitia Roux, on gagne tout depuis 10 ans ». Pas faux. Si l'échéance de 2026 peut paraître proche pour s'organiser, elle reste lointaine pour connaître la liste des participants.


« Pour nous, ces Jeux sont un signe, explique Patrick Farcoz. Car c’est entre Milan et Cortina que se situe ce que l’on appelle notre « fucina di campioni » [forge à champions] : la Valtelina. En Italie, c’est dans cette vallée lombarde que la pratique du ski alpinisme est la plus répandue. La plupart de nos champions du monde viennent de là ».


« On a les yeux qui brillent pour Milan », expliquait Alain Carrière dans une interview. On sait maintenant qu’il faudra que les yeux des athlètes français brillent très fort dans 5 ans, pour éclipser un peu le soleil qui illuminera ceux de leurs concurrents italiens.

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