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Énergies propres – Que la montagne est verte



Refuges écologiques, stations de ski économes, labels exigeants… Tour d'horizon des nouvelles initiatives pour combattre le réchauffement climatique.


En hiver, c'est chaussé de raquettes ou à skis de fond qu'on peut accéder au nid lambrissé d'Henri et Andrée Brosse, couple et gardiens de refuge de haute montagne depuis quarante ans, à Névache - commune de moins de 400 habitants -, dans les Hautes-Alpes. La route de la haute vallée de la Clarée, enneigée, est fermée une bonne moitié de l'année. Après avoir croisé un troupeau d'une cinquantaine de brebis, on distingue au bout du chemin le refuge Laval, véritable laboratoire du développement durable, comme les maisons alpines voisines. Ne surtout pas demander aux gardiens du coin s'ils s'impliquent dans la mode des énergies renouvelables… C'est elle qui les suit. « On n'a pas attendu le boom de ces dernières années pour nous y mettre, on se sert des énergies propres depuis quarante ans en site isolé. Notre situation géographique nous impose d'utiliser les moyens du bord et de faire preuve de sobriété énergétique », martèle Sébastien Louvet, président de l'Association des gardiens de refuge.


Panneaux solaires, éoliennes, turbines hydroélectriques… De l'Italie à l'Autriche en passant par la France, les 190 000 kilomètres carrés du massif des Alpes regorgent d'énergies propres qui ne demandent qu'à être exploitées dans les refuges. « La majorité de nos sites dans les Hautes-Alpes est équipée en panneaux solaires, continue l'Alpin. Chez moi, ils comptent pour 90 % de l'énergie produite chaque jour. » Une belle promesse, certes, mais qui ne convainc pas tous ses collègues. « Le solaire, ça ne vaut rien ! » va même jusqu'à glisser Claude Devalle, gardien du refuge de Buffère, situé à 8 kilomètres de là et qu'il a construit de ses propres mains vingt-huit ans plus tôt. Alors, à quoi carbure le montagnard ? A l'eau ! Ce « McGyver » - comme le surnomment ses confrères - a été l'un des pionniers à installer une picocentrale hydroélectrique pour électrifier et chauffer son refuge. Captée d'un torrent en amont, l'eau est dérivée vers une turbine. Celle-ci entraîne un alternateur qui produit de l'électricité (voir schéma ci-dessous). L'eau rejoint ensuite son cours initial, aussi claire qu'à l'entrée, à tel point que « vous pouvez boire l'apéritif avec ! » plaisante Henri Brosse, le gardien du refuge Laval que ses amis surnomment Riton. « On ne se prive de rien, ici ! » s'exclament en chœur Henri et Andrée, qui ne jurent eux aussi que par l'hydroélectricité. A 2 030 mètres d'altitude, le couple a mis au point un système de production 100 % autonome. « Le torrent nous procure un débit d'eau ininterrompu, explique le gardien. Certes, cela ne dispense pas de devoir faire des efforts d'adaptation au quotidien. Penser à prendre sa douche pendant les quelques heures de la journée où l'eau chauffe, ne pas faire couler le café si le lave-vaisselle - très gourmand en énergie - est en route… » Mais cela fonctionne. « Il suffit de donner la priorité au besoin immédiat, notre picocentrale hydroélectrique faitdu 6 kilovoltampère [mesure de la puissance électrique d'une installation], c'est largement assez pour l'éclairage du refuge, du bâtiment annexe, le chauffage, les machines énergivores… et même pour alimenter un chauffe-chaussures ! » insiste Claude Devalle, qui gère avec sa femme un abri de 35 lits.


Sensibilisation. Les gardiens de refuge ne sont pas les seuls à se mettre au vert en altitude. Les directeurs des stations de ski, souvent montrés du doigt pour l'impact écologique de l'enneigement artificiel, s'y mettent aussi et cela aux quatre coins du monde. La Station Taos, au Nouveau-Mexique, a par exemple lancé un programme de développement durable, Taos Verde, qui mêle efficacité énergétique, gestion responsable de l'eau, des déchets et protection locale de la forêt. Grâce à de nouvelles infrastructures dotées de thermostats liés à des détecteurs de présence, de leds ou de pompes à chaleur géothermiques, Taos a déjà réduit sa consommation énergétique de presque 11 % entre 2014 et 2016 - soit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 340 tonnes de CO2 - et prévoit d'atteindre une réduction de 20 % d'ici à 2020. L'arrêt de la vente de bouteilles en plastique au profit de la mise à disposition de fontaines à eau ou encore l'encouragement pour les restaurants à servir des produits locaux ont accompagné ce mouvement. Aux Etats-Unis, le Berkshire East Mountain Resort, dans le Massachusetts, ne fonctionne qu'au soleil et au vent, ce qui lui a valu d'être distingué en 2017 par la NSAA (Association nationale des stations de ski) pour son excellence environnementale. Et, à plus de 6 000 kilomètres de là, en Finlande, la station Pyhätunturi s'illustre par le recours au chauffage à la biomasse…



En France, l'association Mountain Riders cherche à populariser le label Flocon vert. Parmi les 21 critères à remplir figurent des exigences aussi diverses que la réduction de l'impact paysager, la valorisation des espaces protégés, la sensibilisation des visiteurs ou encore le respect de débits réservés des rivières pour la production de neige de culture. Soutenu par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, le label a déjà distingué six stations : la vallée de Chamonix Mont-Blanc (Haute-Savoie), Châtel (Haute-Savoie), Les Rousses (Jura), La Pierre-Saint-Martin (Pyrénées), Chamrousse (Isère) et Valberg (Alpes-Maritimes).

Stockage en Antarctique. Ces initiatives vont se multiplier et se préciser, à l'image du projet Ice Memory, un programme international de sauvegarde de la mémoire des glaciers, initié par Jérôme Chappellaz, glaciologue à l'Institut de géosciences de l'environnement de Grenoble et directeur de recherche au CNRS, soutenu par la fondation Université Grenoble Alpes et la Fondation BNP Paribas. Les carottes de glace permettent de reconstituer les conditions climatiques du passé et d'anticiper les changements environnementaux. L'idée consiste à effectuer des forages dans les glaciers à travers le monde et de les stocker en Antarctique. Après une expédition sur le glacier du col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc, en août 2016, et sur le glacier de l'Illimani, en Bolivie, en juin 2017, deux nouvelles explorations ont été lancées en mai et juin en Russie. De nouvelles initiatives rassurantes, car le temps presse. Réchauffement climatique, fonte des glaces, montée des eaux… Bientôt tous réfugiés climatiques dans des montagnes vertes ?

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